« Plus les gens vont s’assurer, plus la situation va s’aggraver »

Pour Didier Gosuin, «l'utilisation des assurances complémentaires ne va que croître. On arrive dans une insécurité totale et il faut une réflexion par rapport au modèle social».

belgaimage-92093426-full

Notre dossier spécial dans le Moustique de cette semaine montre que face à la hausse des coûts de soins de santé en Belgique, les assurances complémentaires facultatives apparaissent indispensables pour rendre de nombreuses opérations ou soins de santé financièrement acceptables pour la plupart des Belges. « Il reste aujourd’hui 9 milliards à charge des patients ce qui représente 800 euros de frais de soins de santé par an », explique Jean Hermesse, secrétaire général de la Mutualité chrétienne. « Cela explique en partie le fait qu’aujourd’hui 80% des belges sont en possession d’une assurance complémentaire facultative. »

Les assurances complémentaires ne vont que croître. On arrive dans une insécurité totale.

Alors que 5% de la population concentre 60% des soins de santé, le défi d’une enveloppe de soins de santé à l’équilibre est plus délicat que jamais. En effet, si tous les belges étaient égaux face à la santé, s’ils recourraient aux soins de santé de la même façon, alors 1 % de la population concentrerait 1 % des dépenses, 2 % de la population concentrerait 2 % des dépenses, et ainsi de suite mais… c’est loin d’être le cas.

Différents intervenants politiques comme Catherine Fonck, Muriel Gerkens, Laurette Onkelinx font le point sur cette situation dans notre dossier. Pour Didier Gosuin, ministre bruxellois de la santé, on arrive à la fin d’un système : « Les assurances complémentaires ne vont que croître. On arrive dans une insécurité totale et il faut une réflexion par rapport au modèle social. On va globalement vers une privatisation des soins de santé et plus les gens vont s’assurer, plus la situation va s’aggraver. Ce n’est pas pour cela que cette situation est normale. Notre modèle social pourrait prendre malheureusement la direction de celui du modèle anglais. Je suis gêné lorsque je vois des personnes ne pas bénéficier des mêmes soins ou recevoir le même médicament pour une même pathologie pour des raisons financières. Ce sont les plus défavorisés qui sont les plus touchés. »

Pour lui, la solidarité nationale en matière de soins de santé a déjà été touchée lors de la dernière réforme de l’Etat: « L’assistance aux soins dans les maisons de repos se fait suivant les choix des Régions. » Enfin, le risque démocratique d’une telle situation n’est pas négligeable selon lui: « Lorsqu’on voit un tel délitement du modèle social, on peut craindre une augmentation des votes de contestations. »

Comme on le voit, la privatisation des soins de santé ne concerne pas seulement le paiement des assurances privées pour ceux qui peuvent…il peut avoir une portée plus profonde.

Pour découvrir notre dossier complet, rendez-vous en librairie ou sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Sur le même sujet
Plus d'actualité