Le plaisir féminin fait-il vraiment « aaah, oui… » ?

Mystérieux, dérangeant, scandaleux, voire tabou, le plaisir des femmes? Certaines s’attellent à ce qu’il le soit de moins en moins. Focus.  

Plaisir féminin ©Belga Image/EASYFOTOSTOCK

Ça ressemble à un bijou ? À une fleur ? C’est un clitoris. Odile Fillod, chercheuse française et auteure d’un blog destiné “à aiguiser l’esprit critique vis-à-vis de la vulgarisation scientifique”, a développé un modèle de clitoris en taille réelle à imprimer en 3D. L’organe modélisé – une première – se présente en taille réelle avec corps caverneux et spongieux, ces derniers répondant au doux nom de bulbes du vestibule. L’ensemble a la même origine embryologique que le pénis, précise Odile Fillod, fonctionne de la même manière (sa congestion constitue la composante principale de l’excitation sexuelle) et joue le même rôle dans le plaisir. Ce qui diffère? 8.000 terminaisons nerveuses pour le clitoris, organe le plus réactif de l’être humain, contre 6.000 pour le gland du pénis. “Dans les manuels scolaires, le clitoris est souvent ignoré, et il est systématiquement mal représenté lorsqu’il l’est, commente Odile Fillod. Il s’agissait de montrer concrètement à quoi il ressemble pour parler des bases anatomiques et physiologiques du désir et du plaisir sexuels en n’oubliant pas les femmes, pour une fois.” 

Le clito absent des manuels

Pourquoi est-il fait si peu de cas du clito? Dans la seconde moitié du XIXe siècle, une fois établi le fait que la conception du fœtus découle de la rencontre entre un ovule et un spermatozoïde, le clitoris disparaît des manuels d’anatomie, puisqu’il ne sert “à rien”. En 1998, une urologue australienne, Helen O’Connell, reprend les travaux, datant de 1844 et tombés dans l’oubli, de l’Allemand Kobelt. Elle donne à l’organe une première schématisation anatomique exacte. Bien avant ça, dans la Grèce antique, Hippocrate pensait à raison que le clitoris était l’organe du plaisir féminin. Les Lumières l’avaient compris également. Hommes de science, d’Église et autres apprentis sexologues tendront à privilégier sa version horrifiante, dans une volonté de contrôle du corps des femmes. La masturbation clitoridienne est accusée de produire toutes sortes de maladies, son ablation est même recommandée. Freud n’aide pas la cause, lui qui infantilise la sexualité clitoridienne, déclarant que seul un orgasme vaginal est digne d’une sexualité adulte. 

Mais la connaissance progresse, la curiosité s’aiguise, les langues se délient. Les femmes étudient leurs propres organes, l’histoire de leur perception, les nomment, les exposent à l’air libre, sinon au grand public. L’artiste japonaise Megumi Igarashi crée par exemple des objets inspirés par la forme de sa vulve. On parle d’art vaginal. Anecdotique? La jeune femme a été reconnue coupable d’obscénité par un tribunal japonais, et en 2014 elle a été arrêtée pour avoir essayé de lever des fonds en ligne pour financer la construction d’un kayak moulé sur la forme de son vagin. Cachez ces organes que nous ne saurions voir! 

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Oh! My God, Yes

Dans une captation vidéo d’un entretien avec une journaliste, l’actrice Emma Watson a quant à elle vanté la plateforme OMGYes – prononcez Oh! My God, Yes. Le site, créé par un groupe d’ingénieurs, éducatrices et éducateurs, chercheuses et chercheurs, et cinéastes, au départ à la recherche d’informations pour leur propre usage, veut apprendre aux femmes à atteindre le plaisir.

Emma Watson discusses OMGYES.com in conversation with Gloria Steinem from FGS on Vimeo.

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