Le business des assurances santé

On les dit complémentaires, elles sont pourtant devenues indispensables. Les assurances “facultatives” sont aujourd’hui un must pour de nombreuses interventions médicales qui deviendraient sinon impayables pour la plupart des Belges. Sauf qu’elles aussi sont chères. 

Kanar- Assurance santé ©Kanar

L’histoire des soins de santé en Belgique peut se résumer en une anecdote racontée par Jean-Luc Dehaene: “Je répète toujours la réponse que j’ai faite un jour à Wilfried Martens qui, après son opération, s’étonnait qu’il n’avait presque rien dû payer. Est-ce que c’est normal?, me demanda-t-il. Je lui ai répondu que oui et que cela signifiait que l’ouvrier de Liège ou l’employé de Bruges pouvaient se faire opérer dans les mêmes conditions que le Premier ministre”. Cette époque, pourtant pas si lointaine, est pourtant déjà révolue. Aujourd’hui, chaque Belge possède une assurance obligatoire: la couverture organisée par la sécurité sociale pour les soins de santé (hospitalisation, consultations et visites chez le médecin, médicaments…)… Mais une énorme majorité de Belges optent désormais pour une assurance complémentaire facultative (privée, mutuelle…). Ils sont nombreux, en effet, à craindre les mesures du gouvernement fédéral en matière de réduction des couvertures de soins de santé: soins dentaires, lunettes, séances d’ostéopathie et d’acupuncture, assistance médicale urgente à l’étranger, intervention lors d’une hospitalisation… Si bien que, selon Assuralia, l’Union professionnelle des entreprises d’assurances, neuf millions de Belges possèdent désormais une assurance complémentaire facultative, via leur boulot ou non (voir encadré). 

Mutelles vs assureurs privés

Kanar 2 Assurance santé ©Kanar

La plupart en sont satisfaits. Mais d’autres beaucoup moins… Aucune étude récente ne mesure la satisfaction des Belges envers leurs assurances complémentaires en soins de santé. Un rapide coup de sonde chez les clients, les preneurs d’assurances et les courtiers permet néanmoins de s’en faire une idée. Christian, courtier basé à Berchem-Sainte-Agathe, confirme: “Sur la base de mon expérience personnelle, les litiges sont extrêmement rares. Du moins quand on traite avec des compagnies spécialisées en soins de santé. Les seules difficultés que j’ai déjà rencontrées concernaient des femmes enceintes. Une fois le contrat lancé, il faut souvent respecter un stage d’attente de 6 à 9 mois, selon les compagnies. Or les grossesses sont difficiles à prévoir et peuvent coûter cher sans remboursement”. 

Dans ce domaine, les produits proposés par les mutualités sont similaires à ceux des compagnies privées bien que leurs objectifs soient différents. Légalement, les premières n’ont aucune intention lucrative et proposent des “outils de solidarité” accessibles au plus grand nombre. Elles ne sont toutefois pas toujours celles qui couvrent le mieux les frais médicaux. À l’inverse, les produits offerts par les assureurs privés sont potentiellement plus complets, mais leurs prix sont souvent plus élevés. Contrairement aux mutuelles, les boîtes privées peuvent également, sous certaines conditions, refuser ou exclure certains clients en raison d’une maladie ou d’un handicap préalable à la souscription.

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Le nécessaire et le superflu 

La plupart des mutuelles obligent leurs affiliés à payer des assurances “complémentaires”. Elles sont pourtant facultatives.

Les compagnies d’assurances et les sociétés mutualistes utilisent un vocabulaire différent. Dans le privé, les assurances “complémentaires” sont toutes facultatives et enrichissent l’assurance légalement obligatoire. Dans la plupart des mutuelles, ces mêmes polices (hospitalisation, frais ambulatoires, etc.) sont appelées “facultatives”. Leurs “complémentaires” à elles sont en fait octroyées systématiquement avec l’assurance obligatoire. Elles varient d’une société à l’autre, mais comprennent généralement un remboursement partiel des soins d’hospitalisation, liés au diabète, à une grossesse ou à certaines maladies chroniques. Tout comme des éléments plus anecdotiques comme le remboursement d’un cours de diététique ou l’intervention dans l’abonnement à un club sportif. 

Sur demande de la ministre de la Santé Maggie De Block, ces derniers avantages ne devraient plus être légaux à partir de 2018, “car ils ne touchent ni à l’assurance obligatoire, ni aux suppléments d’hospitalisation, ni aux indemnités de maladie-invalidité”. Contrairement à ce que laissent souvent entendre les mutuelles, tous ces services, évidemment payants, ne sont pas obligatoires. Il est ainsi possible de demander le transfert de votre dossier à la Caisse auxiliaire d’assurance maladie-invalidité (CAAMI) qui ne couvre que l’assurance obligatoire en soins de santé. Votre couverture, certes très basique, sera alors entièrement gratuite.

N.S.

 

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