Alain Deneault: « Macron est le représentant des ventes d’une oligarchie financière et industrielle »

Au-delà du clivage gauche-droite, Émmanuel Macron est-il un simple phénomène de mode, une véritable alternative politique ou un produit idéalement marketé pour cette époque hésitante ? 

Macron ©belga Image

Encarté au PS il y a dix ans, l’ancien banquier a pourtant failli devenir le maire du Touquet sur une liste UMP dissidente… La France, passant sur le corps du PS et de la droite républicaine, est en train de choisir cet homme. Elle ne sait pas tout à fait ce qu’elle fait car il ne sait pas tout à fait qui il est. Et si son mouvement, En Marche!, était la plus belle arnaque électorale de l’histoire hexagonale ? Pour Alain Deneault, directeur de programme au Collège international de philosophie à Paris et auteur, notamment, de La médiocratie, le plan semble limpide: Macron est “fabriqué”. À contre-courant de la pensée dominante, pour lui, la question d’un “totalitarisme du centre” est désormais posée.

Comment comprendre qu’en un an, Emmanuel Macron ait été en capacité d’emporter la présidentielle ?

ALAIN DENEAULT – Il n’échappe à personne qu’Emmanuel Macron est le représentant des ventes d’une oligarchie financière et industrielle qui a, entre autres soucis, de rendre comestible un message d’intérêt. C’est-à-dire qu’il essaie de faire passer pour intérêt général des intérêts particuliers. Emmanuel Macron est l’exemple même d’une opération qui consiste à s’emparer de la parole publique, en s’entourant de faiseurs d’opinion – Daniel Cohn-Bendit, Dominique de Villepin, Jacques Attali, Alain Minc – qui présentent leur programme comme étant pertinent socialement, alors qu’il ne l’est que pour leur caste.

Une critique revient avec insistance frapper Emmanuel Macron: son discours serait “creux”… Son programme, en quoi consiste-t-il ? 

Il a un programme: c’est l’absence de programme. Mais il faut le voir comme étant quelque chose de positif… Parce que cette coquille vide est présentée dans les emballages rutilants de la joie, du bonheur, de l’espoir et du “projet”. Ce qu’il propose, c’est la fin de la politique au profit d’une subordination aux logiques des affaires. Son programme est celui du capital et, pour le dire de manière plus particulière, celui des institutions financières, des sociétés pharmaceutiques, des firmes énergétiques et de l’industrie agroalimentaire. Concrètement, c’est plus de dividendes pour les actionnaires, plus de bénéfices pour les multinationales, toujours autant d’accès aux paradis fiscaux, moins de lois pour protéger les travailleurs, moins de fonds pour les services sociaux et les institutions publiques. 

Vous qualifiez cette politique d’extrême centre. Pourquoi ?

L’idée de l’extrême centre a été de présenter ce programme-là – et l’ordre économique actuel – comme étant le seul qui vaille. Il est “rationnel”, il est “normal”, il est “vrai”, il est “pondéré”, il est “équilibré”… Mais il s’agit d’un abus: on donne à ce discours les attributs du centre, alors qu’il est extrémiste sur un plan économique et social. Cette standardisation, ce prêt-à-penser anesthésiant, réduit la politique à la “gouvernance”. Mais la  gouvernance, c’est la théorie managériale appliquée à l’État. C’est l’idée qu’on peut mener un État – et le peuple auquel il appartient – comme une entreprise.

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