Pinçon-Charlot: « Les riches concentrent toute la richesse et entendent bien la garder »

Sociologues militants, Michel  Pinçon et Monique Pinçon-Charlot dénoncent la violence sociale des uns et la richesse des autres. 

Michel et Monique Pinçon-Charlot ©Vincent MULLER/Opale/Leemage

Terreur des beaux quartiers, voilà trente ans que le couple de sociologues dissèque les comportements d’une caste endogame et prédatrice, “se tapant courageusement des interviews à Neuilly, des chasses à courre et des vacances de Noël à Gstaad”. L’enjeu: renverser la tendance qui veut que “ceux d’en haut” étudient “ceux d’en bas”. À leur actif, plus d’une vingtaine de livres-enquêtes sur les riches, le gotha et la grande bourgeoisie. Canardés par les libéraux, détestés par les socialistes, les Pinçon-Charlot ne laissent personne indifférent. Sans doute parce que ces chercheurs exercent un travail très incarné, une “sociologie de terrain”. Ils n’hésitent pas, pour démonter les mécanismes de l’évasion fiscale, à “planquer” leur “magot” chez HSBC Suisse, à Genève. La banque qui employait Hervé Falciani, l’informaticien – lanceur d’alerte – qui a révélé les noms de milliers de fraudeurs. Résultat: une enquête sur les arcanes d’une industrie illégale qui brasse, parfois jusqu’aux frontières de la criminalité, des centaines de milliards d’euros. Dans leur nouveau livre, Les prédateurs au pouvoir (éd. Textuel), ils nous expliquent, avant de se présenter aux élections législatives face à la droite, comment, de Fillon à Le Pen, en passant par Macron, ce groupe social se mobilise pour défendre ses intérêts.

Pourquoi vouliez-vous pénétrer l’univers très fermé de la grande bourgeoisie?

Michel Pinçon – La plupart des sociologues travaillent sur les plus pauvres. Beaucoup a été fait sur les logements insalubres, les quartiers défavorisés… Avec toujours la tête penchée sur les dominés. Nous, nous avons décidé de nous tenir verticalement, mais avec le regard tourné vers le haut. L’objectif, c’était de se mettre dans leur tête. Comme nous n’étions pas du tout de ce milieu, notre directeur de laboratoire au CNRS, issu de la grande bourgeoisie de Neuilly, nous a ouvert les portes de sa famille. Progressivement, nous avons réussi à nous faire coopter. Car dans ce milieu, le capital social ne se gagne que par introduction.

Dîners mondains, beaux quartiers, chasses à courre… Qu’avez-vous observé dans ce gotha?

Monique Pinçon-Charlot – Nous sommes toujours ici dans la reproduction des privilèges les plus arbitraires. Des privilèges qui se transmettent de génération en génération pour créer des dynasties familiales. Les riches veulent absolument préserver leur mode de vie et cultivent l’entre-soi. Ils concentrent toute la richesse et entendent bien la garder. Ils estiment donc qu’ils ont tous les droits.

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