Patrick Dils: " Le crime d’enfant est le pire dans la hiérarchie carcérale "

Francis Heaulme, le célèbre tueur en série français, va comparaître devant une cour d’assises pour le meurtre de deux enfants commis en 1986. Ce drame s’est longtemps appelé “l’affaire Dils”, du nom de cet ado de 16 ans qui a attendu 15 ans en prison que la justice reconnaisse son erreur.

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Il fait beau ce dimanche 28 septembre 1986 à Montigny-lès-Metz. Tous les enfants du quartier Vénizélos jouent dehors. Parmi eux, Cyril Beining et Alexandre Beckrich, 8 ans, font des tours à vélo. Mais à 18 heures, ils ne sont toujours pas rentrés chez eux. La police est prévenue, les habitants du coin fouillent les alentours. Sans succès. À 200 mètres de là, la famille Dils rentre de week-end. Pendant que les parents et Alain, leur plus jeune fils, déchargent la voiture, Patrick fonce à la benne à ordures d’une entreprise voisine pour enrichir sa collection de timbres. Il rentre à la maison quelques minutes plus tard et la famille passe à table.

À 19h30, les corps de Cyril et Alexandre sont retrouvés sur un talus de la SNCF. Leurs crânes ont été fracassés sur le ballast à coups de pierres. Dans le voisinage, personne n’a rien vu, rien entendu. Chez les Dils non plus. Interrogée au cours de l’enquête de voisinage, Jacqueline Dils raconte leur retour le dimanche vers 18h45, mais Patrick, caché derrière sa maman, ne dit pas qu’il est sorti. Quelques mois plus tard, l’enquête est au point mort. Un couple prétend avoir entendu des enfants pleurer vers 18h45, heure à laquelle Patrick fouille les poubelles au pied, précisément, du talus. L’inspecteur Varlet, en charge du dossier, a des doutes et un coup de fil bien intentionné lui suggérant d’enquêter sur Patrick Dils fait le reste. La machine judiciaire se met en branle.

Vous vous souvenez de votre arrestation?

PATRICK DILS – J’étais un enfant et un enfant ne connaît ni le monde de la justice ni celui de la police. J’étais très introverti, mal dans ma peau trop grande. Mes parents m’avaient inculqué de vraies valeurs, comme le respect des adultes et de l’autorité. Et je vais être trahi par ces mondes. Tout s’effondre, je n’ai plus de repère et le plus grave, c’est que les enquêteurs me mentent. Ils me disent “Ce n’est pas grave, garçon, c’était un accident, tu rentreras chez toi demain”. C’était un mensonge. Je voulais juste rentrer chez moi – le titre de mon livre n’est pas anodin -, j’étais con et je les ai crus. J’étais prêt à n’importe quoi pour être tranquille. 

Vous fréquentiez ce talus où ont été retrouvés les corps d’Alexandre et Cyril?

La première fois, c’était pour la reconstitution. Mais c’est vrai que j’ai caché des choses. Je suis bien allé dans le coin pour fouiller une benne à ordures à la recherche de timbres. J’étais très mal dans ma peau, grand mince, rouquin et victime de quolibets. Je me suis tu parce que je ne voulais pas qu’on dise “Tu as vu, Dils c’est un fouille-poubelles!” C’est idiot, mais quand on est jeune, on attache une grande importance au regard des autres.

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