La pilule en question

Sept ans après le dernier coup de sonde, la nouvelle enquête “Solidaris” confirme notre maîtrise de la contraception, mais révèle aussi des changements de comportements étonnants. Voici ses six grands enseignements.

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En Occident, il y a moins de cinquante ans que la pilule contraceptive peut être prescrite à toutes les femmes. Jusque dans les années 70, aux États-Unis et en France par exemple, elle fut encore, un temps, réservée aux femmes mariées. Depuis, les barrières religieuses, morales et politiques ont été levées. L’enseignement majeur de la nouvelle enquête réalisée par la Mutualité “Solidaris” atteste de cette installation durable et générale des conduites contraceptives en Belgique. Deux maternités sur trois ont été planifiées (66 % en 2017, 62 % en 2010). Mais elle révèle également des comportements et des réflexions qui apostrophent, notamment une remise en cause de la pilule pour des raisons tout à fait nouvelles. Cet élément neuf et à contre- courant de l’histoire est d’autant plus troublant que l’étude est inattaquable. Basée sur 4.607 questionnaires remplis via Internet, elle ne souffre que d’une faible marge d’erreur (1,44 %), ce qui permet aussi de mesurer finement les évolutions grâce à une comparaison avec l’enquête menée en 2010.

1. Les effets secondaires de la pilule font peur

Bien plus de sondés ont mis en avant leur inquiétude vis-à-vis de la contraception. Qui n’est pas “naturelle”  et provoquerait des “effets secondaires” sur leur santé. Cela nous a surpris”, commente  Delphine Ancel, chargée d’études au département “Marketing” de la mutualité. Pilote de l’enquête, la jeune femme souligne des différences très significatives entre les enquêtes de 2010 et de cette année: + 24 % pour la remarque “effets secondaires”, + 16 % de “nocifs pour la santé”, + 10 % pour “pas naturel”. Au point que cette crainte d’effets secondaires dépasse celle d’une grossesse pour certaines catégories de la population et pousse un nombre significatif de répondants à passer aux préservatifs masculins. “Quant à savoir pourquoi les gens ont exprimé une telle méfiance au point parfois de la privilégier par rapport à la possibilité de tomber enceinte, c’est une autre histoire.

Cette question restée ouverte, c’est le lot quotidien des cabinets médicaux où l’on confie ses interrogations, ses inquiétudes, ses craintes. Isabelle Govaerts pratique la gynécologie depuis plus de 20 ans, comme clinicienne et en médecine libérale. “Cette augmentation de la méfiance ne m’étonne pas. Cela recoupe ce que je vis tous les jours depuis une dizaine d’années. Des tas de jeunes filles me demandent des explications sur les différentes générations de pilules et nombreuses sont celles qui ont arrêté d’en prendre. Surtout depuis la polémique en France au sujet de la pilule “Diane 35” qui, disait-on, provoquait des risques de thrombose, des AVC ou des embolies pulmonaires.” 

À notre connaissance, la Belgique a été épargnée par des décès consécutifs à la prise de certaines pilules, mais les quelques cas français semblent avoir provoqué un électrochoc sur la femme belge. Rappelons qu’il convient de relativiser ce “scandale”. Entre 1987 et 2013, selon l’Agence  française du médicament, la “Diane 35” a été mise en cause dans quatre décès. Fondée ou non, cette méfiance a des conséquences,  surtout chez les plus jeunes femmes. Elle explique une contradiction apparente. L’augmentation (de la pilule, du stérilet, de l’anneau) ou la stabilité (implant, préservatif) des moyens de contraception s’accommodent mal de l’augmentation des interruptions volontaires de grossesse (IVG) et du recours à la pilule du lendemain.
Comme ses confrères, la gynécologue a constaté cette recrudescence d’IVG et d’usage de la pilule du lendemain. Dans leurs consultations, ils ont dû tenter de faire machine arrière et faire œuvre de pédagogie pour contrecarrer cet emballement. “L’IVG  n’est pas un moyen de contraception et c’est un acte traumatisant. Nous avons donc redoublé d’efforts pour expliquer à nos patientes – surtout les plus jeunes – toute la palette contraceptive à disposition.

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