La FN en six questions

Entre l’éternel débat communautaire et les récentes tensions qui ont opposé les travailleurs et la direction, la fabrique de Herstal se trouve de nouveau au centre de toutes les attentions. Dans un environnement toujours potentiellement explosif. 

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« C’est une société que je porte dans mes tripes depuis trois générations”, nous confie Tony, ouvrier depuis plus d’une dizaine d’années. “Je ne voudrais pas la voir se fermer.” Pour un collègue à lui, Michel, habitant Herstal, marié et père de deux enfants, “c’est particulier de travailler chaque jour dans une société qui produit des armes, mais j’aime vraiment ce que je fais. À chaque minute, je dois être très précis et rigoureux dans les gestes que je pose à l’atelier”. Au cœur de la province de Liège, la FN Herstal bat au rythme des polémiques. La dernière en date: le ministre de la Coopération au développement Alexander De Croo qui veut interdire temporairement l’exportation d’armes belges à destination de l’Arabie saoudite, au motif que “ce pays joue un rôle important dans la situation humanitaire dramatique qui se déroule au Yémen”. 

De tempête médiatique en discussion syndicale, le bourgmestre de Herstal Frédéric Daerden est conscient de la particularité de l’entreprise: “Le débat sur la production ou non d’armes est permanent et vient souvent du niveau fédéral. Ce n’est jamais bon pour l’entreprise. La FN Herstal représente 15.000 emplois directs et indirects. Les familles vivent de ces milliers d’emplois.  Je ne suis pas inquiet pour l’entreprise mais je garde une vigilance positive. En tant que bourgmestre, je suis toujours à l’écoute de tous les intervenants pour mettre de l’huile dans les rouages”. En région liégeoise, on fabrique des armes depuis bien avant la fondation même de l’État belge. La FN n’a jamais arrêté de se diversifier: production de voitures, motos, vélos, systèmes de réfrigération… Mais la fabrication d’armes est devenue sa spécialité, avec les inévitables dérives inhérentes à de telles activités, comme lors des dernières élections, quand la filiale américaine de la FN a appelé indirectement à voter pour Donald Trump ou lorsque Jeb Bush a posté une photo de sa nouvelle arme sur Twitter lors de sa visite à la fabrique d’armes FN Columbia.

1. Que fabrique-t-on à la FN? 

Aujourd’hui, la Belgique est le vingtième vendeur mondial: principalement des armes civiles pour armer des polices, mais aussi des armes militaires. Mais, surtout, le royaume est le plus gros exportateur européen. Beaucoup d’armes produites chez nous, y compris en Flandre, sont ainsi utilisées dans le conflit opposant l’Arabie saoudite et le Yémen.   À la FN, la production a fortement évolué vers l’armement individuel, les systèmes d’armes embarqués (lance-roquettes, tourelles…) et l’ingénierie militaire. Depuis 1995, le Groupe FN Herstal a entamé une réflexion sur la “létalité réduite” avec son arme FN303. Mais les spécialistes connaissent aussi le P90 et ceux qui ont connu l’époque du service militaire se souviennent du fameux fusil d’assaut FAL 7.62 qui fut une réussite mondiale exceptionnelle… Aux quatre coins du monde, la FN Herstal fait face à d’autres sociétés de pointe dans son secteur: Heckler & Koch (Allemagne), Beretta (Italie), SIG Sauer (Suisse) et HS   Produkt (Croatie)….

2. Qui achète nos armes? 

L’État fédéral investit dans “le savoir-faire” wallon: en 2014, une commande vient du ministère de la Défense pour 12,2 millions d’euros. La FN a également obtenu le contrat portant sur 5.000 fusils Scar (Special Operations Forces Combat Assault Rifle). Elle a aussi décroché un contrat de 10.000 fusils d’assaut Scar pour les G.I. américains en Afghanistan. Enfin, elle vend bien également son F2000, un fusil d’assaut, à l’armée slovène ou aux unités de forces spéciales (Croatie, Chili, Pakistan, Libye…). Pour rappel, la FN est même le premier fournisseur en armes légères de l’armée américaine. En Belgique, des polices locales ont récemment acheté des FN303 à Verviers, Liège, Nivelles, Charleroi et Spa.

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