« Gaspiller n’est pas une fatalité »

Eve-Anne et sa famille ont adopté un mode de vie "zéro déchet" il y a cinq mois. Aujourd'hui, ils se portent mieux. Leur portefeuille aussi.  

 

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Habitante de Leuze-en-Hainaut, Eve-Anne Durieux, son compagnon et leurs deux petites filles de 5 et 8 ans vivent « sans déchet » et « sans gaspillage » depuis le mois de novembre 2016. « Le déclic a été l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Face à ses messages de désespoirs et son négationnisme concernant l’état de la planète, nous avons décidé d’agir. Le lendemain, nous avons commencé notre transition« , explique la prof de yoga de presque 39 ans. Vivre sans produire de déchets n’est évidemment pas simple, surtout avec des enfants, dit-elle. Elle compte malgré tout aller au bout de son combat, montrer que c’est possible et, pourquoi pas, inciter d’autres belges à la suivre. 

Depuis combien de temps envisagez-vous de mener une vie « zéro déchet »? 

Eve-Anne Durieux – J’ai toujours été sensible aux causes environnementales, à la pollution et à la lutte anti-gaspillage. Avec mon compagnon, on en avait marre d’être impuissants. Gaspiller et produire des déchets ne sont pas des fatalités. Cela fait maintenant deux ans qu’on change progressivement notre mode de vie. On a créé un potager afin de produire nos propres fruits et légumes. Nous sommes quasiment autonomes dans ce secteur. On peut même en donner, car on en a trop. Mais là non plus, pas question de gaspiller. C’est pourquoi on cultive en permaculture. Ainsi, tout ce qui n’est pas consommé sert à produire de nouveaux produits. C’est un système auto-fertile. Passer au « zéro déchet » était donc la suite logique de notre engagement. 

Quel aliment avez-vous gaspillé pour la dernière fois?

Je ne m’en souviens plus! Je fais désormais mes courses dans les fermes et les magasins de vrac. Cela me permet d’acheter juste ce qu’il faut pour la famille. Que ce soit les produits laitiers, lait et yaourt, ou la viande et le poisson. Désormais, on peut même acheter des féculents en vrac! Alors non seulement on ne gaspille plus d’aliments, mais on ne produit plus non plus de déchets d’emballage. Le seul emballage qu’on jette encore, c’est le paquet de beurre. On l’achète dans une ferme, mais on n’a pas encore trouvé d’endroit qui accepte de nous le vendre dans une boite qu’on apporterait nous-mêmes.  

Est-il réellement possible de ne produire aucun déchet? Même au niveau des produits d’hygiène ou d’entretien? 

Il faut simplement réfléchir un peu. Il existe de plus en plus de magasins spéciaux zéro déchets. On achète par exemple du savon solide bio qu’on peut acheter sans emballage, comme le savon de Marseille. On confectionne le liquide vaisselle avec du savon corporel, du bicarbonate et du vinaigre. Ça marche très bien. 

Faites-vous aussi attention aux composants des jouets de vos enfants? 

C’est le plus gros défi. On refuse de les embarquer là-dedans du jour au lendemain. Alors on essaie de leur expliquer progressivement notre conception des choses. La plus grande commence à comprendre. On est toutefois tolérants. On leur donne quand même des bonbons emballés et des jouets en plastique par exemple, même si on essaie de remplacer toute cela. Il y a quelques semaines, par exemple, on a fêté l’anniversaire d’une de mes filles avec ses copains d’école. Les parents ne sont pas encore tous au courant de notre engagement et certains ont offert des jouets qui deviendront un jour des déchets. On les a gardés quand même, car les petites les adorent. On ne veut pas d’une transition de vie radicale. 

Comment votre entourage vous perçoit-il?    

Je crois que ça interpelle dans le bon sens du terme. L’autre jour, des amis qui vivent en appartement en ville ont même gardé une poubelle de déchets organiques pour les donner à mes poules. (Rires). On est un peu perçu comme des énergumènes, mais la vision des gens est plutôt positive. Ma fille vient de partir en classe de mer et son institutrice s’est montrée compréhensive. Elle a prévue des mouchoirs en tissu! 

Combien ça coute de vivre « zéro déchet »? 

La question est plutôt de savoir combien ça rapporte! C’est le gaspillage qui coûte cher. En 5 mois depuis le début, on a déjà épargné plusieurs centaines d’euros. On dépense moins. Mais quand on vit « zéro déchet », généralement on ne se limite pas à ne pas produire de déchets. On cultive, on achète bio, en vrac, etc. C’est donc l’ensemble qui nous fait faire des économies. 

Quelle quantité de déchets produisez-vous encore? 

On a ouvert un sac poubelle il y a plus de 4 semaines. Il est rempli à moitié. On a donc un sac poubelle. Ça veut dire qu’on peut encore progresser!

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