Les deux missions impossibles du Forem

Près d’un chômeur wallon sur deux accuse aujourd’hui un déficit de compétences. Un défi immense pour le Forem et son administratrice générale Marie-Kristine Vanbockestal. Surtout que le métier de conseiller emploi est, lui, en pénurie...

A force de voir les mêmes candidats revenir sans cesse, les conseillers emploi commencent à désespérer. ©Forem

La Wallonie compte actuellement 228.086 demandeurs d’emploi inoccupés, soit 14,4 % de la population active. Et même si la demande d’emploi diminue pour le 32e mois consécutif sur base annuelle, le travail de “remise” à l’emploi y reste donc colossal. “Ce ne sont toutefois pas les mêmes 200.000 personnes de mois en mois. Il y a des personnes qui perdent leur job, d’autres qui en trouvent” précise-t-on au Forem. Avec une hausse de 10 % des offres d’emploi en 2016, le chômage de longue durée a d’ailleurs reculé de 38 % en deux ans.

Sauf que pour 100.000 Wallons, le problème réside avant tout dans la qualification. Aujourd’hui, 43 % des jeunes demandeurs d’emploi inoccupés (D.E.I.) sont faiblement qualifiés (une situation similaire à celle de Bruxelles, où quatre demandeurs d’emploi sur dix n’ont pas de certificat d’enseignement secondaire supérieur). Si globalement les jeunes les moins qualifiés éprouvent le plus de difficultés pour s’insérer rapidement sur le marché du travail, il y a toutefois une exception en ce qui concerne les études qui préparent à l’exercice d’un métier: de type technique, professionnel ou encore l’apprentissage.

Pour prendre en charge dans les meilleures conditions ces demandeurs d’emploi peu qualifiés, un accompagnement individualisé est possible, et même souhaitable: il manque toutefois à ce jour 200 conseillers pour les suivre. “C’est en quelque sorte notre métier en pénurie à nous…” reconnaît Marie-Kristine Vanbockestal, l’administratrice générale du Forem. L’accompagnement des demandeurs d’emploi est par ailleurs pointé du doigt dans un audit externe du Forem, commandé par la ministre wallonne de l’Emploi Éliane Tillieux (PS). Dévoilé par Le Soir, cet audit souligne que “le Forem n’a pas, à ce jour, atteint l’ensemble des objectifs fixés par le  contrat de gestion 2011-2016 notamment au niveau de l’accompagnement”.

Difficile d’entendre dire que des objectifs sont trop ambitieux ?

MARIE-KRISTINE VANBOCKESTAL – Ces objectifs étaient excessifs, ce n’était pas tenable. Mais même si je n’étais pas à la manœuvre à l’époque, je comprends pourquoi on les a fixés. Il nous manquait 230 conseillers pour suivre les demandeurs d’emploi. Nous devions aussi poursuivre la réforme structurelle interne du Forem pour le rendre apte aux nouveaux défis. 

Comment est-il possible de ne pas trouver 200 conseillers supplémentaires ? 

C’est un job complexe, ingrat dans la relation et dans la satisfaction au travail. On a pourtant multiplié les idées pour trouver des conseillers emploi.

Pourquoi ce job ne semble plus intéresser personne ? 

La relation dès les premières minutes entre un conseiller et un chercheur d’emploi est compliquée. Il n’y a pas toujours de réponse immédiate alors que le candidat la souhaite. Après quelques minutes, dans de nombreux cas, le conseiller lui dit: “Je n’ai pas d’emploi mais voici les formations à suivre”. La personne est déjà déçue… parce qu’elle espérait un emploi. Elle ne comprend pas qu’elle doive passer par une remise à niveau pour correspondre à tel ou tel job.

Vous parliez d’un job complexe…

Aujourd’hui, un conseiller de ce type a besoin de notions psychologiques, humaines, économiques et juridiques. Lorsqu’on fait des recrutements, on ne trouve pas ce profil idéal. On doit donc le parfaire avec des formations. Je serais favorable à une école des conseillers emploi. À ce jour, la plupart des personnes qui postulent chez nous sont psychologues ou assistantes sociales. Ces gens sont donc logiquement plus dans une réflexion d’assistants sociaux que dans une démarche économique.

Pour découvrir la suite de l’entretien, rendez-vous en librairie ou sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Sur le même sujet
Plus d'actualité