Les fans d’Erdogan… et les autres

Islamisation, répression, invectives nazies… La politique imprimée par le président turc est de plus en plus violente et radicale. Quelles en sont ses conséquences sur la communauté turque de Belgique, à quelques semaines d’un référendum ultra-polémique?

Un quart des Turcs de Belgique vit à Bruxelles. ©Reporters

Lui? Il ne parle plus depuis qu’il s’est fait tabasser”. Lui, c’est un journaliste d’origine turque qui travaille en Belgique. De quoi parlait-il? De la “patrie” turque mais pas suffisamment en bien. Par qui s’est-il fait presque lyncher? Des nationalistes qui voulaient donner une leçon à ce “traître”. Le journaliste a cessé ses activités de blogueur: après son passage à tabac, c’est sa famille qui a été directement menacée. De fait, lorsqu’on demande à une source “turque” si elle n’aurait pas dans son carnet d’adresses quelques témoins intéressants, un voile noir passe un instant sur son visage. Un voile, peut-être pas d’inquiétude mais de prudence. Une source demandera la permission à un témoin potentiel de transmettre ses coordonnées. On demandera du “off” ou l’anonymat. On contextualisera mais on évitera d’être trop précis. Sur les 200.000 “Turcs”- en fait aux deux tiers Belges – vivant dans le royaume, il y a quelques centaines de “Loups gris” prêts à faire le coup de poing. C’est qu’il ne faudrait pas leur fournir des cibles trop faciles…

Chaussée de Haecht, Schaerbeek

La plupart des Turcs de Belgique habitent en Région flamande. Un quart en Wallonie. Un quart à Bruxelles. Et ce dernier quart est concentré dans deux communes: à Schaerbeek et à Saint-Josse. Dans certaines rues de ces communes, pas un commerce qui ne soit pas turc. C’est le cas de la chaussée de Haecht. Dans un petit établissement servant des dürüms, une affiche de campagne pour le “oui” au référendum du 16 avril visant au renforcement du régime présidentiel… Ici, on vote Erdogan et on votera oui à l’extension de ses pouvoirs. “Il s’occupe de nous, il s’occupe de la population, justifie le patron de l’endroit. Erdogan a construit des routes, des logements, des écoles, des universités pour le peuple. On s’occupe des personnes âgées. L’AKP – le parti du président – a une organisation sociale très active. Erdogan est bon pour la Turquie et aussi pour les autres pays de la région. Sans lui, où en seraient les Syriens? Ce n’est peut-être pas   parfait, les camps, mais c’est mieux que les bombes ou les canots.” 

On sent par certains regards qu’on est entré sur un terrain miné. Qui se trouve parmi les consommateurs de kebab? Un membre de la famille d’un réfugié ou de quelqu’un mouillé indirectement au trafic d’êtres humains. Pas question de relancer sur le sujet. On ose tout de même insister sur l’aspect “autoritaire” du président. “Mais il faut être autoritaire en Turquie! Vous pensez avec les yeux de l’Occident. On a des problèmes qui ne se règlent pas uniquement en discutant autour d’un thé.” Le commerçant avancera que l’autorité est quelque chose de relatif et pointera aussi que la République laïque d’Atatürk contrôlait les pratiques religieuses. “Interdire de porter le voile en public… je n’ai pas vraiment d’avis. Mais maintenant, c’est permis. Maintenant chacun fait ce qu’il veut…”

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