Un an après le 22 mars: « Toujours ce grand sentiment de solitude »

Cédric, Christian, Leila, Aïcha, Angélique... Ils ont été blessés, ou ils ont vu d’autres mourir. Leur vie ne sera plus jamais la même.

Rue de la Loi, l'hôtel Thon transformé en hôpital de campagne ©Photonews

Plusieurs semaines après les attentats, quand je voyais un boulon, je m’arrêtais, je regardais le boulon… Il me fallait un certain temps pour rationaliser et me dire que c’était juste un boulon”. Le 22 mars, ce policier, appelons-le Cédric, intervenant de première ligne, a vu des corps criblés de bouts de métal. Malgré l’horreur, il a “fait son job du mieux possible. Le plus difficile, c’était d’entendre les GSM sonner, de lire sur les écrans: “Je t’en prie, dis-moi que tu vas bien””. Un an plus tard, Cédric n’est plus vraiment le même mais va relativement bien. Grâce à sa famille et à ses amis. Aux collègues aussi, avec qui les liens se sont resserrés. “Quand un groupe de personnes est confronté à l’innommable, l’intensité des liens se renforce.” Le commissaire Christian Decobecq, chef du Disaster Victim Identification Team (DVI), n’était pas, lui, sur le terrain mais se souvient de chaque minute de ce matin du 22 mars. “J’étais à Wavre pour une formation. Mon collègue m’envoie un SMS: “deux explosions à Zaventem, il y a des victimes”. C’était l’heure de pointe, j’ai mis une heure pour rejoindre la capitale en roulant sur la bande des pneus crevés. On a rappelé tous les gens du pool, près de 80 personnes réparties dans les zones de police du pays. Alors que je dessinais un tableau avec la répartition des tâches, on annonce une deuxième explosion. Je pense alors aux attentats de Madrid et de Londres où il y a eu trois et quatre explosions… Et je dresse un deuxième tableau.” 

Chaque minute est une éternité

Le DVI doit procéder à l’identification des 32 victimes et des trois auteurs d’attentats. “Les corps sont évacués vers une morgue. Lors d’un examen post mortem, on relève les éléments “primaires”: les empreintes digitales, les dents, l’ADN. On complète ces données scientifiques par des éléments “secondaires”: une cicatrice, un tatouage, des lentilles de contact, une carte d’identité. Dans le cadre d’une identification, un médecin légiste peut aussi procéder à une autopsie afin de déceler une prothèse, une ablation ou un pacemaker. On “auditionne” toujours les familles en binôme: un agent du DVI remplit le formulaire, pendant qu’une personne de la Croix-Rouge pose les questions en maintenant un contact visuel afin de limiter le côté froid, “administratif”, du moment.” 

Les familles se trouvent dans un hall, à l’hôpital militaire de Neder-over-Heembeek. “Je leur explique que les identifications vont prendre un peu de temps. C’est qu’au Bataclan, quelques mois avant, il y a eu des erreurs, des familles se sont recueillies face au mauvais corps. C’est terrible. Nous ne voulions pas que cela se produise.” Pour les proches qui attendent, chaque minute qui passe est une éternité. “Je garde ces visages en mémoire, chaque fois que j’ouvre la porte. C’est un moment très pénible, mais au moins les personnes peuvent ensuite commencer leur travail de deuil. C’est pire de ne pas savoir.” 

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