Pierre Rabhi: « La vérité, c’est que nous ne sommes pas heureux »

Agriculteur, philosophe et nouveau prophète, il prône le retour à la terre et à la coopération. Un homme inspiré et inspirant, mais aussi inquiet et inquiétant.

Pierre Rabhi ©Belga

Le monde doit changer. Ce n’est plus une utopie, c’est une nécessité selon le mouvement Colibris, qui place désormais ses espoirs dans la collectivité. Pour parvenir à rassembler, à sensibiliser et surtout à maximiser ses forces pour actionner des leviers, l’organisation lance la campagne le Chant des Colibris qui compte de nombreux soutiens de poids comme Mélanie Laurent, Cyril Dion, Mathieu Labonne, Nicolas Hulot, Pierre Niney, mais aussi l’un de ses fondateurs, Pierre Rabhi. Depuis quelques années, cet ancien éleveur de chèvres passé au rang de maître à penser qui vend des best-sellers, utilise des valeurs-clés comme “la sobriété heureuse”, vante les bénéfices de la décroissance et de la permaculture. Ce néo-prophète vit en Ardèche simplement, selon ses principes, et inspire les foules du haut de ses 79 ans grâce à un discours éloquent qui rappelle qu’il ne suffit pas de manger bio pour changer l’avenir de la planète.

La consommation bio, le vote vert, la préservation de la planète sont des thématiques qui ont de plus en plus d’écho en 2017. Pour autant, y a-t-il de quoi se réjouir ?

PIERRE RABHI – On ne peut pas dire que l’évolution soit positive. La situation du monde occidental est assez inquiétante, il y a du chômage, des inégalités, immenses… On assiste au déclin d’un modèle de société, ce qui devrait normalement nous inviter à changer de paradigme. Il est indispensable qu’on développe une préoccupation concernant l’évolution écologique, c’est-à-dire le destin auquel personne ne pourra échapper. Ce qui me désole, c’est que cette préoccupation soit devenue un parti politique, alors que c’est avant tout une conscience. Nous sommes des êtres issus de la nature et nous la malmenons tellement que l’on sera amenés à en subir les conséquences. Le problème aujourd’hui, c’est que l’humain s’est érigé en patron de la création et ensuite il s’est octroyé tous les privilèges par rapport à la vie et à la nature. Or, à l’échelle de l’histoire de la vie, l’homme n’est qu’un épiphénomène. 

Est-il encore temps de revenir en arrière ? 

Il est toujours trop tard et il est toujours temps. C’est ça, la vie. Il est trop tard pour les enfants qui sont morts de faim, mais il est encore temps parce que la vie est toujours là. Tout dépend du positionnement de l’être humain lui-même. Le bien? Le mal? S’il s’obstine dans le mal, il engage sa propre existence. Il est possible que l’on entre dans un processus d’auto-éradication si l’on continue à polluer les terres et à épuiser les mers. Les troupeaux deviennent extrêmement importants, ils contribuent à désertifier la terre. Quand on a déboisé, le rayonnement solaire entre en jeu. Il est réfracté dans l’atmosphère et voilà qu’il n’y a plus de condensation, donc les pluies se raréfient. Quand elle tombe tout de même, les terres qui ne sont plus structurées à cause du défrichage sont emportées par l’eau. Et le tour est joué. 

Que faire alors? Quelles sont les solutions ?

Notre humanité indécise n’est pas intelligente. On dispose de technologies innombrables, mais on ne se sert pas de nos neurones pour créer des choses utiles. La preuve, on a fabriqué des armes et la bombe atomique. Quand on met toute notre énergie à servir le mal et la destruction, il n’y a qu’un seul constat: l’humanité est folle. Il vaudrait mieux s’occuper de la vie que de la mort. Si la société persiste dans cette folie, elle n’a aucun avenir. Je ne me fais pas de souci pour la planète par contre, elle saura se régénérer elle-même. 

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