Homme, femme, si je veux

Examen psychiatrique, stérilisation…, les personnes transgenres doivent encore se soumettre à des procédures archaïques pour pouvoir affirmer leur identité. Sans parler des discriminations quotidiennes qu’elles doivent subir.

Londé Ngosso, membre fondateur de l'association Genres Pluriels ©Olivier Pirard

Au rez-de-chaussée de la Maison Arc-en-ciel, dans le centre de Bruxelles, Londé Ngosso, membre fondateur de l’association Genres Pluriels, le précise d’emblée: il souhaite que ses interlocuteurs s’adressent à lui comme à un homme. Gênés, ils hésitent encore parfois, dit-il, malgré sa barbe. Alors ils oscillent entre “il” et “elle”, en accordant ou non leurs adjectifs. “Ce serait bien de poser clairement la question quand il y a un doute. Ça met moins mal à l’aise que d’essayer de le deviner et d’utiliser les mauvais mots”, explique l’informaticien de 44 ans en riant, nerveusement. 

Selon lui, chacun devrait pouvoir choisir son genre et certainement pas subir celui que la société lui a imposé à la naissance. Certains ont du mal à le comprendre. Les mentalités commencent à se débrider grâce à l’apparition de personnalités transgenres dans les médias comme Laverne Cox, actrice dans la série Orange Is The New Black, qui a fait la couverture de Time, Jamie Clayton dans Sense 8, Maura dans la série Transparent ou le mannequin brésilien Valentina Sampaio dont les yeux amande azur éblouissent la une du magazine Vogue ce mois-ci. Les exemples se multiplient, y compris sur les chaînes les plus regardées comme TF1 qui a récemment diffusé Louis(e). La question sur l’identité de genre émerge ici et là dans les magazines d’info – ce sera d’ailleurs le cas le 29 mars dans Questions à la une qui lui consacre un sujet.  

Pourquoi devoir se ranger dans une case ?

Sur le plan juridique, ça coince. La loi sur la “transsexualité” en vigueur depuis 2007 en Belgique est moyenâgeuse et les règles auxquelles doivent se soumettre les personnes trans sont dures. D’abord, pour “changer de sexe” (voir le vocabulaire en encadré) ou de prénom sur leurs papiers d’identité, elles doivent rendre à l’État une déclaration d’un psychiatre certifiant leur “maladie” – une “dysphorie de genre” – et attestant “la conviction intime, constante et irréversible d’appartenir au sexe opposé”. Ensuite, elles doivent avoir subi une “réassignation sexuelle” qui les fait correspondre au sexe opposé “dans toute la mesure de ce qui est possible et justifié du point du vue médical”. 

Enfin, ces personnes ne doivent plus être en mesure de “concevoir des enfants conformément à leur sexe précédent”. Dans la pratique, être transgenre n’implique pourtant pas nécessairement d’opérations chirurgicales (organes génitaux, pilosité faciale, cou et voix, mammoplastie, etc.) et des traitements hormonaux (compléments en œstrogènes ou en testostérone, notamment). Certains ne changent même pas d’apparence, de style vestimentaire ou d’attitudes. Cela ne les empêche pas de se sentir homme ou femme indépendamment de leurs organes génitaux. Voire de revendiquer l’appartenance à un troisième sexe, hybride. Après tout, pourquoi devraient-ils se ranger dans une case? 

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