Les employeurs de demain

En complément de notre dossier consacré au nouveau monde du travail, le portrait de cinq start-up belges francophones et de leurs créateurs.

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Onco DNA: Prédire le cancer grâce au big data

La société Onco DNA, a été fondée en 2012 par Jean-Pol Detiffe. Ce CEO, pharmacien d’industrie, a lancé sa start-up spécialisée dans l’analyse complète des tumeurs. Il développe une plateforme d’échanges d’informations pour les malades et leurs oncologues: «J’ai eu envie d’entreprendre, de créer et de ne pas avoir de patron. Quand j’avais 30 ans, ce n’était pas dans la culture mais cela l’est beaucoup plus aujourd’hui.» En quelques années, la start-up est devenue leader européen en médecine de précision. «Auparavant, nous faisions du séquençage ADN pour l’industrie pharmaceutique et des centres de recherche académiques. Avec mon projet, j’ai voulu me rapprocher des patients.» Avec cette médecine innovante et personnalisée, son combat pour le développement de sa société est permanent. «La principale difficulté reste de trouver des montants atteignant les 20-30 millions d’euros pour poursuivre le développement de tels outils en Wallonie.» Pourtant, des aides existent. La Région – en quête de champions dans le numérique – vient d’accorder 5,1 millions à OncoDNA, via le hub Digital Wallonia. De quoi propulser l’entreprise de Gosselies dans le top mondial en matière de «médecine digitalisée» et de créer, à terme, de nouveaux emplois. 

Vincent Liévin

Univercelles: Des mini-réacteur à vaccins

Né en 1966, Hugues Bultot  a fondé plusieurs entreprises en Wallonie: Kitozyme, Artelis, Univercells et Masthercell. Issu d’une famille de Marchienne-au-Pont, il a développé son savoir dans le domaines des sciences de la vie et des biotechnologies: «J’ai toujours eu une conscience industrielle forte. Je me voyais bien en patron de holding. Avant d’être un entrepreneur, je suis surtout quelqu’un de curieux.» En 1996, l’économie de l’innovation se développe aux USA et fait ses premiers pas en Belgique: «Je me reconnaissais dans ce type de projet. Trois ans plus tard, je quitte la banque pour créer ma propre entreprise.» Le monde des spin-offs s’offre à lui en 2000 avec Kitozyme, une société spécialisée dans la biochimie verte à usage médical et cosmétique, longtemps rattachée à l’ULg. Depuis, la Wallonie a fortement progressé en devenant un terreau très fertile pour les biotech. Dans le Biopark de Gosselies, en 2011, Bultot se lance dans l’aventure Masthercell, qui crée du «matériel cellulaire» pour le compte d’entreprises spécialisées dans les thérapies cellulaires et la médecine régénérative. Son dernier bébé, Univercells, ambitionne d’éradiquer la poliomyélite de la surface de la Terre. Récemment, l’entreprise s’est vue octroyer 12 millions de dollars par la Fondation Bill et Melinda Gates. 

V.L.

Wattitude: Le design 100% wallon

Comme cheffe d’entreprise, Emmanuelle Wégria a connu un parcours atypique: architecte et scénographe de formation, elle ne s’imaginait pas lancer son activité. «Même si j’avais des parents commerçants, je travaillais depuis de nombreuses années dans le monde du théâtre.» Lorsqu’elle perd son emploi, tout change: «J’ai développé la gamme de vêtement pour enfant que je créais déjà sur le côté.» Puis, un autre projet se dessine: Wattitude, un concept-store «made in Wallonia» situé au cœur de Liège: «À ce moment-là, j’ai développé un magasin avec des créateurs locaux. Comme je n’avais jamais travaillé dans le commerce, j’ai suivi une formation avec CréaPME. Cela m’a permis de confronter mon projet à d’autres personnes. Lorsque mon projet a été bien ficelé, j’ai testé mon concept dans un espace magasin de vente éphémère. J’ai ensuite bénéficié de la volonté de la ville de Liège de redynamiser un quartier avec des commerces.» La boutique ouverte à l’automne 2013 par Emmanuelle Wégria ne se consacre qu’à la création wallonne: plus de 120 artistes ou créateurs wallons y sont associés.

V.L.

Bruno Van Boucq: Deux start-up sinon rien !

Il n’est pas «digital native» et pourtant il a fondé une start-up qui s’est révélée l’un des plus gros succès entrepreneuriaux belges du 21e siècle: Beweb. Bruno Van Boucq est né à la fin des années ’60. Lorsqu’il termine ses études de journalisme à l’ULB, seuls quelques étudiants privilégiés disposent d’un ordinateur de bureau. Ils sont encore moins nombreux à posséder des ordinateurs portables. Internet fonctionne grâce à des lignes téléphoniques, il est encore impensable d’y écouter de la musique ou de regarder des vidéos. Le jeune diplômé fera un pari immense pour l’époque. Il considère que le Web belge deviendra un média publicitaire. Et fonde la première régie publicitaire internet belge: Beweb. Dix ans plus tard, il revend son bébé qui s’est mué en veau d’Or. Fortune faite, il lance sa 2e start-up: Proxistore. Et invente la géo localisation publicitaire… Très gros succès en vue: Proxistore localise, à chaque instant, plus d’un milliard d’Internet surfers: autant de consommateurs de pub…  

Gauthier De Bock

Herrmutt Lobby: La meilleure app 2016 est belge

Prenez des musiciens, mixez-les avec des programmeurs… vous obtiendrez «Herrmutt Lobby». Né en 2003, du côté de Verviers, ce collectif s’est d’abord fait un nom sur la scène électro, avant de devenir l’une des start-up les plus créatives du pays. Son fait d’arme: Playground, une app hybride entre jeu vidéo et logiciel de son. Elle permet à n’importe qui de créer des morceaux… d’un simple mouvement de doigt. «Notre domaine, c’est la musique assistée par ordinateur. Avec Playground, on peut manipuler des chansons produites par d’autres, comme on veut», explique Emeric Florence, un des quatre fondateurs. Pour l’avoir essayée, l’expérience rend vraiment addict. Sur écran, différentes formes représentent des sons. Il suffit de les «sculpter» pour recréer des mélodies et changer le rythme. Propulsée «Best App 2016» par Apple, Playground a déjà été téléchargée 500.000 fois. Un vrai carton. Mais Herrmutt Lobby a déjà d’autres projets. Le dernier? Le «CTRL Cap». Un petit capuchon – sensible à la pression – qui permet aux DJ’s de scratcher et de faire des effets en même temps. 

Rafal Naczyk

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