Le smartphone, meilleur ami de l’ado

Ils les dégainent à tout bout de champ dans la jungle des réseaux sociaux. Les parents peinent à réguler leur usage, les chiffres de dépendance interpellent, alors que débarque une énième app de rencontre, Yellow.

illus1117_smartphones_fotolia

Ils s’appellent Anaïs, Ali, Eliott, Sascha. Ils sont connectés toute la journée à Facebook, WhatsApp, Instagram, Messenger, Snapchat… Et depuis peu, Yellow: “l’app pour se faire des nouveaux amis et chatter avec eux près de chez toi et partout dans le monde!” renseigne le site. Plus de 6 millions de personnes l’utiliseraient déjà. En version réservée aux 13-17 ans, née de l’hybridation de Snapchat avec Tinder, Yellow reprend le principe de like/dislike de Tinder, et le partage de photos et vidéos de Snapchat. Ça marche comment? Après sélection de paramètres, l’utilisateur “swipe” sur la droite les profils appréciés, sur la gauche les autres. S’il est swipé en retour, la discussion peut s’engager. Selon certains jeunes, l’app servirait plutôt pour l’instant de défoulement: les photos de profils postées sont commentées en groupe de potes, en mode “Toi j’te like, toi tu dégages”.
Lancé en octobre, le “Tinder for teens” a créé quelques vagues de l’autre côté de la Manche. Yellow permet en effet de s’introduire dans la vie publique de ses utilisateurs, de voir leur “story”, comprenez leur fil de photos et vidéos. Les parents se sont émus de la possibilité de faux profils, la crainte pédophile a ressurgi. Les concepteurs de Yellow affirment se positionner comme un réseau de connaissances virtuel plutôt que de rencontres, sous-entendu “réelles”. Arguments: les moyens de vérifier l’âge des utilisateurs restent rares et compliqués à mettre en œuvre, et les prédateurs sexuels en ligne n’ont pas attendu Yellow pour commettre leurs méfaits. RAS, donc? Quelques drames viennent sporadiquement rappeler les dangers et les dérives possibles. En avril dernier, le Parlement européen décidait même d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 16 ans sans le consentement explicite des parents. La Belgique n’a pas suivi, gardant 13 ans comme limite d’âge, conformément d’ailleurs aux souhaits des deux délégués généraux aux Droits de l’enfant, du nord et du sud du pays.

Restez connectés…  Dans la vraie vie

Des dizaines de jeunes témoignent dans le livre-enquête Portables – La face cachée des ados des journalistes français Céline Cabourg et Boris Manenti de leur pratique quotidienne du diabolique et   diabolisé smartphone. Des témoignages étayés par des études et analyses de professionnels. En filigrane, l’affirmation répétée que l’usage du portable comprend de nombreux aspects positifs: entraide, fenêtre sur le monde, apprentissage de la sociabilité, intégration sociale, etc. Et une invitation à faire confiance à l’intelligence des kids. Chaque fin de chapitre se termine toutefois par un conseil aux parents. Le principal? Rester… connecté avec son enfant! Dans la vraie vie, s’entend. S’intéresser à ce qu’ils font sur ces réseaux, avec qui ils communiquent, expliquer, réaliser un vrai travail pédagogique. Mais pas de flicage, pas d’intrusion. Devenir ami avec son rejeton sur Facebook, c’est plutôt intrusif. Dialogue régulier avec sa progéniture, donc. Hum. 
Entre “pas de portable avant le secondaire”, “instauration d’un couvre-feu à 22 h”, “pas de portable pendant les repas”, “nourrir le quotidien familial avec autre chose”, leur rappeler les bienfaits de la lecture, les éduquer à protéger leur vie privée, “se méfier de Snapchat” (sur lequel les ados se lâchent parce qu’ils sont entre eux), les prévenir contre le bashing, ou le stalking (harcèlement), apprendre à bloquer les indésirables, les avertir que la gratuité se compense par la diffusion de pub, les éduquer sur les fausses informations, les aider à conquérir leur autonomie dans la jungle des réseaux…, la tâche des parents – dont deux tiers confessent que le portable entraîne des tensions dans la famille – demande un sacré doigté. Une spécialiste dans le coaching parental conclut: “Les adolescents ont besoin d’un cadre qui s’avère rassurant pour eux et dont les parents sont garants. À eux de faire évoluer ce cadre et ces limites avec le temps et la maturité”. C’est pas sorcier, non?

Pour découvrir la suite de l’article, rendez-vous en librairie ou sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Sur le même sujet
Plus d'actualité