Titres-services: Faut-il faire le ménage?

Près d’une famille sur cinq utilise les titres-services en Belgique. Le secteur est florissant, mais n’assure pas pour autant des salaires décents à ses travailleurs. Et ceux-ci sont encore trop souvent confrontés au mépris et à la discrimination.

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Émilie Danhaive, directrice de l’agence Domestic Services à Wavre, n’a jamais dû démarcher les clients. “Ils préfèrent s’offrir les services d’une aide ménagère via les titres-services plutôt que d’embaucher quelqu’un au noir”, explique-t-elle. Pas étonnant: l’agence garantit la qualité du travail de ses 110 aides ménagers et offre la possibilité d’envoyer un remplaçant quand l’un d’eux doit s’absenter. “Et si le client rencontre malgré tout un problème, il peut évidemment nous demander des comptes, changer d’aide ménagère voire rompre son contrat.” À première vue, les travailleurs – dont 98 % sont des femmes – y trouveraient également leur compte. Barbara de Rom, 35 ans, travaille 32 heures par semaine pour l’agence “Aux p’tites fées bleues” située à Fontaine-l’Évêque. Elle ne rêvait pas de faire des ménages toute sa vie, avoue-t-elle, mais elle se sent utile, surtout quand elle aide des personnes âgées ou en mauvaise santé. En plus, les horaires sont flexibles. “On peut avoir congé le mercredi après-midi ou le vendredi par exemple. C’est pratique pour celles qui ont des enfants ou d’autres obligations privées.” 

En 2016, plus d’un million d’utilisateurs ont fait appel à un travailleur des titres-services pour faire leur ménage, leur repassage, du jardinage ou préparer leurs repas; 125 millions d’heures ont été prestées par 145.000 salariés dont près de la moitié en Fédération Wallonie-Bruxelles. Selon la dernière étude de l’Union des entreprises de titres-services Unitis, en 2012, 2.711 entreprises étaient agréées dans tout le pays. Depuis, plusieurs dizaines auraient ouvert leurs portes. Lancés par le gouvernement fédéral en 2004, les paiements par chèques tiennent leurs promesses sur le plan économique et de l’emploi. Sous la tutelle régionale depuis 2016, le marché est même devenu l’un des rares à encore afficher un taux de croissance annuel de plus 5 %. Chiffres impressionnants, employés contents? Barbara fronce les sourcils. Certes, la majorité de ses clients sont respectueux. Sa carrière est toutefois ponctuée par des scènes de mépris et de manque de considération. Encore récemment, dans un quartier huppé du  Hainaut, une mère disait à ses enfants de ne pas ranger leur chambre, car “la femme de ménage est là pour ça”. Plantée devant elle. En la regardant de haut. “C’est extrêmement dénigrant de ne pas se faire appeler par son prénom. D’autant que je suis allée chez cette dame plusieurs semaines de suite. Certains ne voient pas la personne derrière le balai.” 
 

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