La CIA au rapport

À la Maison Blanche, Donald Trump a trouvé une analyse de son agence de renseignements sur l’état du monde en 2035. Nous l’avons décodée. Mais la CIA  a aussi rendu publics près d’un million de documents déclassifiés. On a déjà commencé à fouiller. 

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Tradition oblige, tous les quatre ans, la CIA publie un rapport traçant des perspectives sur l’évolution du monde. “Ce n’est pas James Bond jouant à Madame Irma. Le rapport ne dit pas qui va tuer qui, quel gouvernement va renverser l’autre… Il invite à la réflexion”, explique Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris, qui en a rédigé la préface en français. Pour boucler ce document, près de 2.500 experts ont été consultés – de l’entrepreneur allemand à l’agriculteur congolais. “Ce n’est pas un rapport stratégique, avec des informations récoltées sous le manteau, mais ce qu’on appelle dans le renseignement les “sources ouvertes””, explique le préfacier. Une manière pour la CIA de sortir de sa zone de confort et d’offrir un outil qui remet en cause les préjugés. “Ceci dit, ce n’est pas un document académique. Il est donc éminemment politique”, nuance John Pitseys, chercheur au Crisp. Avec ce texte, la CIA se positionne par rapport au monde, aux acteurs économiques, mais aussi au nouveau gouvernement. “Autant dire que ces 300 pages ne sont pas neutres.” D’ailleurs, on soupçonne l’agence du renseignement d’y avoir glissé quelques piques à l’adresse d’un président avec qui elle ne s’entend pas. Mais alors pas du tout… 
À quoi ressemblera  le monde dans vingt ans? 
Trois grands scénarios sont envisagés par l’agence. Le premier, “Un monde d’archipels”, serait marqué par le protectionnisme et l’enfermement. Celui de Trump, pourrait-on dire… Le deuxième, “Un monde de sphères d’influence”, fait de compétitions de puissances, aurait les faveurs de Vladimir Poutine. Le troisième, “Un monde de communautés”, est le plus original. Les États y ont perdu le pouvoir au bénéfice des villes, des entreprises, des ONG… Le monde de Bill Gates, en quelque sorte?
Les conflits religieux  vont s’intensifier
Repli identitaire, essor des populismes, puissance de la Russie et de la Chine… Le risque de conflits n’a jamais été aussi élevé depuis la fin de la guerre froide et la Russie et la Chine pourraient profiter d’un repli américain. “Les manœuvres de déstabilisation des États se feront plus fréquentes grâce aux armes de précision à grande portée, aux attaques en ligne, aux systèmes robotisés permettant d’atteindre des cibles très lointaines.” Les experts américains estiment que les idéologies et les religions vont jouer un plus grand rôle. Au Moyen-Orient, tous les indicateurs sont au rouge. “Le conflit le moins improbable se situe en Asie du Sud, entre l’Inde et le Pakistan. Il y a là un risque de conflit nucléaire, qui ferait ressembler le 11 septembre à une partie de campagne”, analyse Bruno Tertrais.
Gouverner deviendra  plus difficile
La stagnation de l’emploi et des revenus, le manque de confiance envers les institutions, la montée des extrémismes rendront les citoyens encore plus critiques vis-à-vis de leurs gouvernements. “La démocratie elle-même sera remise en question”, affirme la CIA. Grâce aux nouvelles technologies, les élus se retrouveront face à “une multiplication des acteurs (ONG, associations, etc.) capables de solliciter directement les citoyens et de construire leurs propres coalitions”. Mais plutôt que d’y voir la percée d’une démocratie directe et participative, la CIA redoute que le pluralisme ne finisse par bloquer l’action politique. 

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