Théo Francken parle

Le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration n’est pas seulement l’homme politique le plus populaire de Flandre. Ses tweets polémiques et ses décisions musclées séduisent désormais au sud du pays. Pourtant, sa parole dans les médias francophones est rare. Interview exclusive. 

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Nationaliste”, “raciste”, “fasciste”. Les mots employés lorsque le  Premier ministre Charles Michel présente son secrétaire d’État à l’Asile ne font pas dans la demi-mesure. En octobre 2014, Theo Francken fait une entrée fracassante sur la scène médiatique nationale. Son allure de skinhead en habit du dimanche et ses fréquentations collaborationnistes inspirent, sur les réseaux sociaux et dans la presse, des caricatures où le brassard nazi le dispute aux bottes de la cavalerie allemande. Il est vrai que le week-end suivant sa nomination, on le voyait, souriant et un verre à la main, en compagnie de Bob Maes qui collabora avec l’occupant allemand et qui fonda le V.M.O., la milice d’extrême droite flamande dont des membres tabassèrent à mort, en 1970, un colleur d’affiches du FDF. L’émotion suscitée est telle que Laurette Onkelinx entend résonner le “bruit des bottes” dans les travées du Parlement. 

Depuis, les temps ont changé. Les attentats et l’arrivée massive de demandeurs d’asile ont émoussé les sensibilités, changé l’opinion publique. Celui qui apparaissait comme un homme de main de l’aile dure du nationalisme flamand laisse, désormais, entrevoir quelque espoir. D’abord, parce que, bon gré, mal gré, il a géré d’une manière correcte la crise des réfugiés en Belgique. Comparé à celui réservé par les socialistes français de la présidence Hollande, l’accueil orchestré par Theo Francken a fait figure d’exemple. Proportionnellement, il y a trois fois plus de demandes d’asile en Belgique qu’en France. Et la France “de gauche” accorde deux fois moins de statuts de réfugié que la Belgique de Francken. Un comble. Ensuite, parce que le récent exercice de re-musculation du discours du secrétaire d’État, symbolisé par son refus d’accorder un visa humanitaire à une famille syrienne, fait mouche dans l’opinion. Celui qui a déçu une partie de son électorat, mais aussi une partie de la population francophone en se montrant “trop accueillant” envers les demandeurs d’asile, affiche, depuis quelques mois, l’inflexibilité du “protecteur” de l’identité nationale. Ce double aspect fait des ravages dans l’opinion publique: il est désormais l’homme politique le plus populaire de Flandre et se place dans le quinté de tête en Wallonie. S’ajoute au mystère entretenu par une communication rarissime un halo de complexité: Theo Franken est plus qu’un nervi. Mais il reste une énigme. Nous l’attendons dans un café de Louvain. Il a une heure et demie de retard: il vient d’annoncer, lors d’une conférence de presse prolongée, son nouveau projet de loi. Les avocats pourront être sanctionnés en cas d’abus de procédure en matière de droit des étrangers… 

Vous n’êtes pas avare de polémiques, avec une telle mesure, vous aurez tous les avocats dans la rue…
THEO FRANCKEN – J’essaie de mener une politique qui encourage les avocats de bonne volonté. Et ceux-ci, j’insiste, représentent la majorité presque absolue. Mais il y a quelques éléments qui abusent des procédures. Et tous ceux qui travaillent dans le milieu de la défense des étrangers le savent. Lorsqu’il y a abus de procédure, c’est le client qui doit payer. Mais, vous le savez comme moi, la majorité des clients recourant à la législation sur les étrangers sont insolvables. Ce qui a comme conséquence que les abus ne sont en fait pas sanctionnés, et que les séjours des étrangers sont par la même occasion prolongés. Donc, ils se répètent. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé un projet de loi en Conseil des ministres qui a été accepté par le gouvernement… Je peux comprendre l’émotion suscitée par ce projet, mais il s’agit de sanctionner uniquement les abus. 
Vous êtes heureux de la nomination de votre nouvelle collègue du gouvernement, Zuhal Demir, la secrétaire d’État à la Lutte contre la pauvreté et à l’Égalité des chances? 
Oui! Zuhal Demir, c’est la passion, c’est le tempérament du Sud! Nous avons une grande communauté kurde dans la région de Leuven, où il y a beaucoup de mariages kurdes. J’aime beaucoup les Kurdes, je suis certain qu’elle fera un bon boulot. Zuhal, c’est un modèle exemplaire de l’intégration. C’est une belle histoire de la migration

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