Il faut sauver le soldat belge

Arrivé à la tête de la Défense cet été, le général Marc Compernol y a trouvé des troupes vieillissantes, sans matériel et convaincues d’être abandonnées en rase campagne par le gouvernement. À l’entendre, nous sommes en train de perdre une armée morte d’ennui.

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Arrivés au cabinet du chef de la Défense Marc Compernol rue du Lambermont à Bruxelles, son porte-parole nous invite à patienter une bonne vingtaine de minutes. Le général est en réunion informelle avec le ministre de la Défense Steven Vandeput (N-VA) dans un bureau voisin. Deux fois par mois, les deux hommes, secondés par leurs chefs de cabinet respectifs, font le point sur les missions en cours et l’avancée des négociations politiques autour de la “vision stratégique” du gouvernement. 

Vêtu de son uniforme officiel brodé de quatre molettes sur chaque épaule – il est le seul à partager cet honneur avec le roi des Belges -, l’ancien artilleur para-commando finit par arriver. Le général est entré en fonction en juillet dernier dans un climat de menace terroriste sans précédent. Une opportunité, dirait-on si la Défense constituait un business comme un autre. Ce que Marc Compernol, entre les lignes, confirme: “Il y a deux ans, j’aurais probablement dit que le gouvernement était en train de laisser la Défense s’autodétruire de l’intérieur. Aujourd’hui, la population ne comprendrait plus que l’armée soit supprimée. Les politiques suivent le mouvement et croient à nouveau en notre utilité”. Sauf que nos militaires ne font pas un métier comme les autres…

Mi-janvier, le ministre et vous avez conjointement répondu aux inquiétudes des militaires lors d’une journée débat. Une première dans l’histoire de Belgique. L’armée est-elle en crise ? 

MARC COMPERNOL – Elle est plutôt en période de transition et les militaires s’en rendent compte. Leurs questions sont très terre à terre: est-ce que ma caserne va fermer? Les effectifs vont-ils manquer? Tel ou tel matériel va-t-il être acheté? Puis, il y a aussi la réforme de leurs pensions, qui vise à les faire travailler jusqu’à 63 ans au lieu de 56 ans actuellement. Je dois toutefois avouer que quand j’ai planifié cette rencontre, je pensais que le gouvernement aurait davantage avancé dans le processus de négociation. J’ai donc souvent dû dire “Je vous entends, mais je n’ai pas les réponses…”.

Lors de votre entrée en fonction, vous disiez être confiant face à tous ces défis. Vous l’êtes toujours ? 

Oui. La vision stratégique donne une direction. Cela faisait longtemps que ce n’était plus arrivé. Est-ce qu’elle sera exécutée comme telle? Probablement pas. Ce projet aboutira dans 15 ans et est susceptible d’évoluer. Je dois cependant admettre que je ne m’attendais pas à la réforme des pensions engagée par le gouvernement. 

Elle a été négociée dans votre dos ? 

Dans les couloirs on parlait d’une réforme, mais celle-ci est brutale. Certains militaires doivent travailler quatre ou cinq ans de plus que prévu. Or quand on connaît l’âge de sa pension, on crée des projets. Pour les jeunes, je n’ai aucune objection à les faire travailler plus longtemps. Mais il faut malgré tout tenir compte de la spécificité du job. D’abord, il doit être inscrit dans la liste des métiers pénibles sur laquelle travaille le gouvernement. Mais je suis intimement convaincu que le métier de militaire est plus particulier encore. Si demain on me demande de mettre ma vie en péril pour défendre la Belgique, même si je ne veux pas, je n’ai pas le droit de refuser. Ce serait illégal. Aucun autre job n’est soumis à cette obligation. 

Cette réforme devrait coûter 3 milliards d’euros. Le gouvernement prévoit 9,2 milliards d’investissement d’ici 2030. Il ne vous en reste donc déjà plus que 6… 

On ne sait pas encore si ces 3 milliards seront compris dans les 9,2 ou s’ils viendront d’ailleurs. Mais il va effectivement falloir payer le salaire de ces travailleurs plus âgés. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est que l’armée prend de l’âge. Or avec l’âge, les militaires perdent certaines de leurs capacités cognitives, visuelles et physiques. Globalement, l’armée risque d’être moins performante qu’aujourd’hui. C’est un fait. Pour autant, les exigences ne changeront pas. Par exemple, si un militaire n’est plus capable de piloter avec 100 % de ses capacités, il lui sera interdit de le faire.

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