Projet scolaire à Genappe: l’école catho contre-attaque

Porté par des profs et des parents, un premier établissement secondaire devait ouvrir à Genappe. Sauf que le réseau catholique  a dégainé en urgence un projet de collège sur le même terrain. Et déterré la hache de guerre scolaire.

L'école catho contre-attaque ©Belga Image

Un désert secondaire. À Genappe, en Brabant wallon, il existe 13 écoles fondamentales – soit plus de 1.300 élèves – mais aucun établissement secondaire. Pas plus qu’il n’y en a dans les communes limitrophes de Lasne et de Villers-la-Ville. Ce qui représente un territoire plus vaste que la ville de Namur, par exemple. Laquelle compte plus de 20 écoles secondaires. Une tare  qui oblige les parents à envoyer leurs enfants à Nivelles, Wavre, Louvain-la-Neuve ou Braine-l’Alleud. Avec parfois près d’une heure de trajet à la clé. Juste pour l’aller. 

Une école à pédagogie alternative

“Alors, un jour, sur le parking d’une réunion louveteaux, on a décidé de créer notre propre école, se souvient Frédéric Chomé, un parent hyperactif de la commune dont les enfants sont scolarisés à l’École ouverte d’Ohain. L’idée étant d’ouvrir un établissement secondaire basé sur la méthode Freinet qui permettrait d’assurer une continuité avec ces écoles à pédagogie alternative.” Une double bonne idée puisque ces méthodes d’enseignement ont de plus en plus la cote chez les néo-ruraux brabançons. Et que l’on trouve déjà des primaires à pédagogie Freinet,     Steiner ou Decroly dans les communes de Genappe, Lasne et Court-Saint-Étienne. L’engouement pour ce projet NESPA (Nouvelle école secondaire à pédagogie active) ne s’est d’ailleurs pas fait attendre. Soutenu par la Fédération des établissements libres subventionnés indépendants (FELSI), l’école comptabilise déjà 387 élèves et 60 professeurs préinscrits et compte élire domicile dans l’ancienne sucrerie de la commune, sur un terrain que la Région wallonne est disposée à lui louer. Reste que ce projet déposé en mars 2015 prend la poussière sur le bureau de Marie-Martine Schyns (cdH), la ministre de l’Éducation en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Si Madame Schyns n’a pas mis le projet au placard, poursuit Frédéric Chomé, on l’a en tout cas sérieusement ralenti…

Un dossier à l’arrêt malgré la carte blanche interpellante du sociologue et ex-enseignant genappien Yves Patte dans La Libre, la pression de trois députées wallonnes (MR, PS et Écolo) et la motion votée à l’unanimité par le conseil communal de Genappe pour réclamer l’ouverture d’une école secondaire. “Ce dossier ne pourra être traité par le gouvernement qu’après l’adoption de la nouvelle définition des zones en tension démographique, nous répond l’attaché de presse de la ministre. Par ailleurs, il n’existe à ce jour aucun dossier complet de projet d’école.” Une réponse qui ne convainc pas le collectif NESPA. D’autant qu’un courriel du chef de cabinet de la même ministre, que nous avons pu consulter, certifie que ce dossier est bien… complet. “Si Madame Schyns n’a pas mis le projet au placard, poursuit Frédéric Chomé, on l’a en tout cas sérieusement ralenti… Et qu’elle ne vienne pas nous dire que cette étude sur les déserts scolaires manque au dossier alors que c’est elle qui n’a pas respecté les délais.” Un décret impose en effet au gouvernement de la Fédération de mettre à jour, tous les trois ans, cette étude sur les classes manquantes. Une étude dont on attend toujours les résultats.

Mystérieux plan B

Mais voilà que les choses semblent s’accélérer. Miraculeusement? En octobre dernier, un second projet d’école secondaire sort du bois. Un plan B surprise baptisé Collège archiépis- copal Père Damien, soutenu par le Secrétariat général de l’enseignement catholique (SeGEC) et pavé, lui aussi, de bonnes intentions: immersion linguistique et filière sciences axée sur l’environnement. Le projet ne se contente pas de cibler la même commune, il convoite carrément le même terrain. La même oasis dans ce désert scolaire. 

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