Les nouvelles overdoses

Les usagers “récréatifs” sont désormais touchés. En cause, un regain de popularité de la “drogue de l’amour”. Mais aussi l’arrivée de   nouvelles substances psychoactives… légales.

Les nouvelles overdoses ©Fotolia

C ’était en juillet, la saison des barbecues, des apéros et de l’insouciance. Louis en profite pour se détendre et faire la fête. Mais ce week-end-là, il va trop loin. Une crise de tachycardie le conduit à l’hôpital, complètement déshydraté. À une poignée de minutes près, tout s’arrêtait. En cause, le mélange ingéré du vendredi au dimanche: de la cocaïne pour rester alerte et de la MDMA pour profiter des vibrations de la musique et, surtout, de l’irrépressible envie de toucher, d’embrasser, de bouger. Sauf qu’elle induit aussi une surchauffe du corps (hyperthermie), perturbe le système nerveux et peut, à terme, conduire à un dédoublement de la personnalité.

Le nouveau profil des « surdosés »

Louis a 27 ans et occupe un emploi stable. Il n’a rien d’un marginal ou d’un adepte d’expériences extrêmes. Mais le combiné redoutable de “C” et de “MD” auquel il a failli succomber s’est récemment invité dans les salons et sa banalisation s’accompagne d’un corollaire aussi nouveau qu’inquiétant: le nouveau profil des “surdosés”. Bien loin des héroïnomanes marginalisés qui succombaient à leur addiction dans les années 1990, de jeunes (et moins jeunes) gens très bien insérés dans la société sont désormais de plus en plus nombreux à faire des overdoses. Ce ne sont pas des addicts. La drogue, ils l’utilisent de manière récréative. Un usage “festif” qui passe par la consommation de drogues de synthèse, comme la MDMA qui se prend sous la forme de “parachutes” (ou “bombes”), qu’on ingère dissoute dans un verre d’alcool ou sous la forme de pilules au dosage très variable. 

“On a vu passer des comprimés dosés à plus de 200 mg de MDMA. Or, on considère que c’est potentiellement dangereux à partir de 150 mg.”

Michael Hogge d’Eurotox, l’Observatoire socio-épidémiologique alcool-drogues, décrypte la situation. “L’usage de drogues ne fléchit pas. Malgré les mesures prohibitionnistes et répressives, les produits sont toujours autant disponibles. Le problème, c’est que le rapport qualité-prix reste attractif en Belgique. On retrouve beaucoup de laboratoires “maison” sur le territoire.” Michel Bruneau, commissaire judiciaire de la police fédérale, renchérit. “En Europe, nous sommes toujours considérés comme l’un des plus gros pays producteurs de drogues de synthèse. Nous avons démantelé une vingtaine de sites de production l’an dernier. Cela peut paraître peu, mais la difficulté tient dans le fait qu’ils produisent des quantités industrielles de pilules d’ecstasy. Plusieurs millions en quelques jours à peine.” 

En outre, on observe une circulation de pilules d’ecstasy fortement dosées en MDMA ces dernières années. À l’origine, c’était l’huile de safrole qui était utilisée comme base (ou “précurseur”) de ce stupéfiant. Depuis son interdiction, les producteurs utilisent d’autres méthodes, d’autres “bases” importées directement de Chine ou d’Inde. “Ces précurseurs sont fabriqués dans des bétonneuses, sans hygiène, à la va-vite. Pour le consommateur, surtout le non averti, c’est extrêmement dangereux. Il y a des risques de déshydratation ou de sécrétion exagérée de sérotonine, qui peuvent toutes deux mener à la mort”, poursuit Michael Hogge. Comme il est impossible de connaître le dosage des pilules avant de les ingérer, à moins de les faire tester, autant dire que les utilisateurs jouent leur vie à pile ou face. “On a vu passer des comprimés dosés à plus de 200 mg de MDMA. Or, on considère que c’est potentiellement dangereux à partir de 150 mg.” 

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