Christophe irradie le Cirque Royal

Entre vestiges du chaos, œillades nostalgiques et sons futuristes, le dandy "un peu maudit" a offert une soirée inoubliable à son public belge. Il reviendra à la rentrée.

christophe

Après son passage quelque peu chahuté aux festival Les Ardentes en juillet 2016, Christophe revenait, en salle cette fois, pour présenter en live  l’intégralité de son dernier chef-d’œuvre rétro-futuriste Les Vestiges du Chaos ainsi que des relectures inspirées de ses perles d’antan. Même groupe, même artiste plongé dans son univers mais, ouf, pas la même ambiance…

Ce samedi 11 février au Cirque Royal, c’est un public assis, transi et conquis qui se délecte plus de deux heures durant de cette bande-son époustouflante. Pendant la première partie du concert, Christophe occupe les devants de la scène, assis sur un tabouret, les deux mains scotchées au micro. Les lumières sont belles. Les lumières sont sobres. Les lumières sont crépusculaires comme dans un plan séquence de Mulholland Drive de David Lynch. Derrière lui, claviers, basse féminine, batterie, cordes, guitares, loops et cuivres déroulent une partition surréaliste. Toutes les chansons de l’album Les Vestiges du Chaos  sont interprétées.  Pas dans l’ordre et régulièrement entrecoupées des interventions parlées du maestro mêlant émotion et humour. Des ampoules LED forment les lettres  « L .O.U. R.E.E.D. » sur le magnifique Lou, hommage au créateur de  Satellite Of Love  et à sa « guitare amnésique. » Venu de nulle part, un juke-box aux couleurs rouges glisse sur la scène pendant Tangerine, chanson qui ressuscite la voix de l’icône new-yorkaise Alan Vega. L’occasion pour Christophe d’évoquer une nuit blanche parisienne avec Alan Vega et son pote Alain Bashung « durant laquelle on a écouté de la musique et aussi joué au poker ».

Christophe met plein d’effets dans sa voix. Elle se fait rauque, féminine, distordue, complexe et malicieusement complice sur les chansons d’amour (magnifiques versions de Océan d’Amour, Dangereuse, Les mots fous).  Le public, dont une grosse majorité prend conscience pour la première fois des trésors cachés de cet album  paru en 2016, est sous le charme. Nous aussi. Rarement, on a entendu un tel son en 3D au Cirque Royal. Pendant les morceaux, pas un bruit, pas une mouche qui vole, comme si le temps était suspendu. Christophe a aussi le chic pour ne pas transformer ce « film sonore »  en prestation arty  pour intellos. Après tout, Christophe Bevilacqua est un mec comme nous.  Il plaisante, annonce qu’il jouera bien sûr Aline, « c’est promis » et qu’après ça, « promis aussi « , il ne reviendra pas.  Il prévient aussi que lui, il ne fera pas semblant de quitter la scène pour susciter un rappel.  Chez lui, le rappel fait partie du concert. « Moi je reste, je ne fais pas semblant en  me cacher derrière les rideaux avec mes musiciens pour attendre vos applaudissements ».

Après avoir revisité Les Vestiges du Chaos, Christophe passe au piano et invite, un par un, ses musiciens à l’accompagner dans  une contre-plongée de son back-catalogue. Tout y passe mais dans des réarrangements inédits: Les Marionnettes, Comme Un Interdit, La Dolce Vita, Les Paradis Perdus, Señorita, Mal Comme, Alcaline en nouvel hommage à Alain Bashung à qui on pense décidément beaucoup ce soir, Les Mots Bleus, Chiqué Chiqué ou encore T’aimer Follement. Et quand arrive l’heure d’Aline, l’heure de se quitter donc, l’assistance est une nouvelle fois bluffée. Comme il l’avait fait aux Ardentes, Christophe marie les paroles de ce « slow qui tue »  à la musique de Creep de Radiohead. Trop beau, trop fort. Trop classe.

On ne vous a rien dit, mais une nouvelle date dans une salle belge est en discussion pour la rentrée.

 

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