Vincent Callebaut, le créateur des villes de demain

Le futur n’est pas une utopie, il se bâtit aujourd’hui. Le Belge Vincent Callebaut fait la nique aux architectes stars et impose ses bâtiments vivants, durables et solidaires inspirés par les créations de la nature.

Vincent Callebaut - Villes de demain

En 1865, Jules Verne écrit De la Terre à la Lune dans lequel il décrit une île à hélice. Un siècle et demi plus tard, l’architecte louviérois Vincent Callebaut imagine Lilypad, une ville écologique flottante, destinée à accueillir 50.000 réfugiés climatiques. Après une enfance à admirer les cités végétales de Luc Schuiten, puis dix ans à “beaucoup étudier, dessiner et apprendre à construire”… La consécration est venue à l’exposition universelle de Shanghai. Sept pavillons, dont celui de la Chine et de l’Allemagne, ont exposé ses projets de fermes verticales, de tours anti-pollution et de cités énergivores transformées en biotopes nourriciers. 

Invité à l’ONU ou au Parlement européen, il expose sa vision de la ville de demain: “dense, verte et connectée”. À 39 ans, ce Belge lauréat de plusieurs concours internationaux construit en Asie, à Taïwan, bientôt à Bruxelles et au Luxembourg. Au-delà du catastrophisme d’Al Gore ou de Yann Arthus-Bertrand, il s’inspire des solutions proposées par la nature et use des technologies de pointe qui nous permettraient d’ores et déjà de réduire de 50 % notre empreinte sur l’environnement. Rencontre avec l’un des maîtres bâtisseurs les plus engagés de la nouvelle génération.

Vous avez grandi à La Louvière. Comment une ville aussi industrielle peut-elle déclencher une telle imagination ?

VINCENT CALLEBAUT – Ça n’a pas été très compliqué. J’ai vécu la destruction des hauts-fourneaux des anciennes usines Boël, la construction d’un hypermarché en périphérie. Autant de choix politiques basés sur l’obsolescence programmée… Cela a aussi forgé mon esprit.  Plutôt que de rester dans un constat de crise anxiogène, avançons des propositions. 

Quelle est votre idée de l’architecture ?

V.C. – Elle s’inscrit contre l’architecture “boîte à chaussures”, qui vous fait gagner beaucoup d’argent mais reste coincée dans un pragmatisme mou. Dans notre bureau, l’architecture est un laboratoire où l’on apporte une réponse concrète et innovante aux enjeux climatiques avec des bâtiments autosuffisants en énergie. Mais ce n’est pas assez. Demain, il y aura d’autres enjeux que le réchauffement: la pollution des sols et de l’air, la montée des eaux, les migrations, la croissance démographique et l’urbanisation, la mobilité, l’alimentation… Nous allons déjà à la rencontre des universités, des laboratoires et des constructeurs de matériaux. Par exemple, en ce moment, on étudie des bioréacteurs d’algues vertes qui, placés en façade, permettent de  digérer les déchets de l’agriculture urbaine et de la transformer en énergie. On étudie aussi la possibilité d’utiliser un double vitrage intégrant des cellules de Grätzel, qui imite la photosynthèse naturelle tout en transformant l’énergie du soleil en électricité. Du photovoltaïque organique et biodégradable, dont les matériaux sont déjà en phase de commercialisation.

Jusqu’où votre travail s’inspire-t-il de la nature ?

V.C. – Nous qualifions notre travail d’“archibiotic” parce qu’il s’inspire du biomimétisme, des formes voluptueuses, presque maternelles, de la nature. Par exemple, je me suis inspiré de la coque du nautile pour des bâtiments naturellement ventilés en Chine. La nature est étonnante, parce qu’elle utilise toujours le minimum de matériaux pour construire les structures les plus efficientes. Pour ma ville flottante Lilypad, je suis parti du réseau de nervures au revers d’un nénuphar capable de continuer à flotter sous le poids d’un humain. Nous avons aussi développé huit prototypes de tours que l’on pourrait construire dans le Paris intra-muros d’ici 2050. En plus de créer leur propre énergie et de recycler leurs déchets, elles sont aussi dépolluantes. Par exemple, certains bâtiments sont recouverts de dioxyde de titane, capable d’engendrer la photocatalyse qui va dégrader les particules de CO2 et de plomb en poussière et de venir épurer l’atmosphère urbaine. 

Quelle est votre vision de la ville de demain ?

V.C. – Pour moi, une smart city est une ville connectée et durable en même temps. Une ville en adéquation avec la nature et ses cycles de vie. Mon plus grand rêve d’architecte, c’est de transformer la ville en un écosystème qui n’utilise que la photosynthèse comme seule source d’énergie et qui recycle ses déchets en nouvelles ressources, réutilisables en boucles vertueuses. Chaque quartier deviendrait une forêt, chaque bâtiment deviendrait un arbre à habiter. L’innovation technologique en fait partie: elle permet de dématérialiser le travail, de se déplacer plus intelligemment, mais elle émane des pouvoirs financiers et politiques. Pour moi, l’intelligence d’une ville, c’est d’abord celle de ses habitants. L’innovation est aussi sociale. En devenant acteur de notre territoire, nous pouvons tous nous réapproprier la ville.

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Tour & Taxis: une occasion ratée pour Bruxelles ? 

“Irréalisable et infinançable” avancent les promoteurs immobiliers. “Typique d’une mentalité du XXe siècle” répond l’architecte.

Au printemps dernier, Vincent Callebaut a été commissionné par le promoteur Extensa pour imaginer les futurs contours du site de Tour & Taxis. Il a alors imaginé 85.000 m² de logements sous forme de trois forêts verticales de 100 m de haut. Avec, sur les toitures, des “sky-villas”, des potagers privatifs et des vergers communautaires. Ainsi que 12.500 m² de panneaux solaires, rendant les logements quasi autonomes en énergie. En plus d’un “biocampus” rassemblant commerces et bureaux, l’architecte a ajouté un grand étang marécageux, une zone de restauration et un nénuphar géant en guise d’espace d’exposition. 

Si la Région se dit intéressée, Extensa – propriétaire de Tour & Taxis – aurait littéralement fait avorter le projet. “Irréalisable et infinançable”, justifie son CEO, Kris Verhellen. ”Typique du XXe siècle”, répond l’architecte, qui explique que toutes les technologies mises en avant existent et sont finançables durablement. “Un bâtiment écologique coûte toujours moins cher qu’un bâtiment inerte, parce qu’il sera beaucoup plus économe en termes d’exploitation. Il faut cesser de penser la ville à court terme et en fonction des opportunités de profit. Bruxelles, capitale de l’Europe, se doit selon moi d’être exemplaire en termes de transition énergétique. On peut toujours négocier avec les banquiers, mais pas avec le climat.”

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