Adopte une mamy

Béatrice voulait être grand-mère, Émilie en rêvait d’une. Elles se sont adoptées. En France, ces rencontres intergénérationnelles sont favorisées. En Belgique, où une réelle demande existe, un projet est en cours.

Adopte une mamy ©Fotolia

Béatrice, la soixantaine, est la deuxième d’une fratrie de six enfants. “Je voulais 7 enfants, comme ceux de la famille von Trapp dans La mélodie du bonheur! Mais la vie a fait que ne n’ai rencontré personne…” Enseignante, Béatrice a néanmoins forgé l’avenir de nombreux enfants. “Arrivée à la retraite, j’ai soudain ressenti le manque de petits-enfants… Cela doit venir de ma grand-mère que j’adorais et qui est morte quand j’avais 12 ans. Un soir, j’ai fondu en larmes devant le film Églantine où un jeune collégien arrive chez sa grand-mère pour passer les vacances… ”
Un article dans un journal local l’interpelle: une maman y explique qu’elle cherche une mamy pour sa fille. Béatrice a envie de répondre mais hésite. “Je me demandais quelles étaient les réelles intentions de la personne, je craignais d’être envahie ou utilisée.” Deux ans plus tard, sa sœur lui parle d’une collègue dont la fille, Émilie, 4 ans, rêve d’avoir une mamy. Béatrice, Émilie et sa maman se rencontrent au Quick de Jambes, près de Namur, en novembre 2015. Et la magie opère. “La petite allait jouer sur les modules, revenait régulièrement vers nous pour boire une gorgée de jus d’orange… et me faire un câlin. Nous nous sommes adoptées mutuellement.”

Grands Parrains

Des seniors ont du temps et de l’affection à donner. Des valeurs à transmettre, aussi. De leur côté, jeunes parents et enfants cherchent la sagesse, le savoir, la complicité bienveillante d’aînés. Ces profils semblent donc faits pour se rencontrer. En France, des sites Internet proposent de les aider à se contacter et l’association Grands Parrains organise ces liens intergénérationnels depuis 15 ans. Il existe plusieurs formules de parrainage: en fonction de la proximité géographique ou des centres d’intérêt, de manière épistolaire ou par visiophonie, le temps des vacances, pour enfants handicapés… Une charte précise la nature de l’engagement et les rôles de chacun: “Le grand-parrainage apporte à l’enfant et aux deux familles une ouverture sur d’autres personnes, d’autres habitudes, d’autres lieux. Il permet un échange d’expériences et un enrichissement mutuel. Il peut aussi jouer un rôle d’appui moral aux enfants et aux familles en cas de difficultés passagères. Les liens affectifs créés constituent une responsabilité sérieuse qui ne peut se satisfaire de besoins ponctuels. Il s’agit de s’engager pour une durée indéterminée, avec la volonté de protéger l’intérêt de l’enfant dans le cadre d’échanges clairement identifiés”.

« Ils m’appellent Mamyti »

En Belgique, aucune structure de ce genre ne semble encore exister. Martine, elle aussi en demande de petits-enfants d’adoption, s’est adressée au site papymamydecoeur.forumforever.com. “Je me suis inscrite en demandant s’il y avait des possibilités semblables en Belgique, explique-t-elle. Et, effectivement, j’ai pu entrer en contact avec une famille belge. Les parents m’ont expliqué être en recherche de grands-parents de cœur depuis un certain temps et qu’ils s’apprêtaient à résilier leur abonnement au site. Ils étaient donc pressés de me rencontrer.”
Ce site conseille aux utilisateurs de ne pas se voir trop vite, de prendre le temps de discuter pour comprendre les attentes de l’autre, de préférence se tenir dans un endroit neutre. “Nous avons tout fait à l’envers, poursuit Martine. Je les ai rencontrés chez eux. En 30 secondes, c’est comme si nous nous connaissions déjà depuis 10 ans. C’était fin novembre 2016. Depuis, je m’occupe des enfants régulièrement. Nous allons au cinéma, nous faisons des bricolages, nous partageons la galette des Rois… Autant d’activités que des grands-parents font avec leurs petits-enfants. Ils ont 8 et 4 ans, m’appellent Mamyti.” Béatrice aussi passe du temps avec Émilie comme n’importe quelle grand-mère. Elle l’emmène chaque semaine au parc. “Je lui apprends le nom des arbres et des oiseaux, je lui montre les nids de fourmis. Nous avons suivi l’évolution des petits cygnes nés en début d’année. Émilie est très curieuse, elle s’intéresse à tout. Je suis allée à la fête de son école aussi.” Édith, la maman de la fillette, le confirme: “Chaque semaine, elle attend avec impatience la venue de sa mamy. C’est la fête quand je lui dis qu’elle va arriver, elle saute de joie!”

Les personnes intéressées peuvent contacter Martine (mamytoo13@gmail.com) ou la Ligue des familles (info@liguedesfamilles.be – 02/507.72.11).

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