Retour minute après minute sur le « casse du siècle » de Zaventem

Ce 25 janvier s’ouvre le procès du “casse du siècle” de Zaventem. Une rocambolesque affaire digne d’un scénario hollywoodien où des diamants se sont révélés éternels, pour le malheur de leurs ravisseurs.

Casse Zaventem ©Photonews

Des “casses du siècle”, il y en a eu quelques-uns. Le tout premier à avoir obtenu cette distinction est l’attaque du train postal Glasgow-Londres qui rapporta à ses auteurs en 1963 l’équivalent de 43 millions d’euros. Albert Spaggiari réussit en 1976, avec sa bande, via les égouts, à pénétrer dans la salle des coffres de la Société Générale à Nice d’où il sortira une trentaine de millions d’euros actuels. Plus près de nous, Leonardo Notarbartolo mettra deux ans et demi pour devenir un habitué du Diamond Center d’Anvers, histoire de ne plus éveiller les soupçons, pour mieux le délester, en 2003, de plus d’une centaine de millions en diamants. Et bien sûr, il y a celui dont on suivra le procès à partir de ce mercredi devant la 47e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles: celui de Zaventem.

Tout commence le soir du 18 février 2013… Avec une paire de cisailles. Celles qui serviront à découper une partie des 22 kilomètres de clôture qui cernent l’aéroport de Zaventem. Pas entièrement. Quelques mailles sont laissées intactes. Le grillage cédera à la moindre pression mais n’éveillera pas de soupçons. D’autant que l’endroit choisi est peu surveillé: on y réalise des travaux. À 19h50, un combi Mercedes et une Audi S8 forcent sans difficulté la clôture et se parquent derrière des baraquements de chantier. À l’intérieur des deux véhicules se trouvent huit hommes munis d’uniformes de la police et de fusils d’assaut. Des AK-47 pour certains, des P-90 pour d’autres. 
Ces derniers doivent jouer un rôle non négligeable dans ce qui va suivre. Ce sont des versions “Standard laser”, elles sont donc équipées de pointeurs qui permettent de visualiser l’endroit précis où la balle – capable de percer les gilets pare-balles et les casques – atteindra sa cible. Les huit hommes effectuent une répétition. Elle dure cinq minutes, le timing est précis. Il n’est pas question d’intervenir avant que le contenu du fourgon blindé de la Brink’s qui se trouve à quelques kilomètres, sur le tarmac du quai A51 de l’aéroport, ne soit chargé dans la soute du Fokker qui lui fait face. 

Paquets-surprises

À 19h55, c’est à très haute vitesse que les deux véhicules noirs munis de gyrophares bleus de la police franchissent la distance qui les sépare de leurs objectifs: les colis qui se trouvent dans la soute, plus facile à forcer que les coffres-forts sur roues que sont les camionnettes des transporteurs de fonds. Les agents de la Brink’s regardent, un peu surpris, le convoi s’approcher mais sans réelle inquiétude: il s’agit sans doute d’un VIP escorté… Tout le laisse encore à penser lorsque les véhicules s’arrêtent et qu’en descendent six policiers. Cagoules, gilets pare-balles avec bandes réfléchissantes, combat shoes tige haute, brassards orange. Quand ceux-ci braquent leurs armes et pointent leur laser sur la tête des convoyeurs, l’illusion perdure encore: un agent avouera avoir cru assister à un exercice grandeur nature de la DSU, la “Directorate Special Unit”, la direction des Unités spéciales de la police fédérale. 

Mais lorsque le chef des assaillants assène un coup de pied dans le pli arrière du genou d’un des gardes de la Brink’s pour le mettre à terre, les choses sont claires pour tout le monde. Sans que cela ne déclenche une réaction: le laser fait son office paralysant… Le personnel de la Brink’s est neutralisé, tout comme le pilote de l’avion, lui aussi tenu en joue. Les hommes s’emparent des 121 colis chargés dans la soute, 51 autres, toujours à bord du fourgon, échapperont aux malfrats. La manœuvre dure 3 minutes 20… On ne sait rien de l’ambiance qui régnait parmi la bande juste après le coup. Le plaisir partagé d’un flot d’adrénaline en commun, sans doute. Mais l’excitation a dû vite redescendre. Tout indique, en effet, que les truands s’attendaient à rafler autre chose que ce que contenaient les colis…

Lorsque le chef des assaillants assène un coup de pied dans le pli arrière du genou d’un des gardes de la Brink’s pour le mettre à terre, les choses sont claires pour tout le monde.

Car ce sont des diamants, en provenance d’Anvers. L’Antwerp World Diamond Centre communique que leur valeur s’élève à peu près à 50 millions de dollars. Mais un journal flamand et des enquêteurs étrangers évoquent un montant huit fois supérieur, ce qui aboutira à un cinglant démenti des diamantaires anversois sans doute soucieux de minimiser la gravité de l’affaire. Gravité économique, en tous les cas. Parce que opérationnellement, le braquage s’est déroulé sans coup de feu, sans violence à part l’immobilisation d’un des gardes par le chef de la bande. Un travail de professionnels. Les témoins évoqueront, tous, le calme du commando. Un niveau de professionnalisme qui fait dire à beaucoup d’observateurs que le butin n’était pas celui attendu. Non, le butin aurait du être du cash… La compétence montrée est incompatible avec des diamants. Ceux-ci sont tracés, doivent se vendre avec des certificats… Ils sont, par nature, très difficiles à écouler. Et c’est d’ailleurs parce qu’ils le sont qu’il y aura procès, ce 25 janvier, à Bruxelles. Et non à cause d’éventuels indices laissés sur les lieux du braquage.

La Suisse, l’autre pays du diamant

Un vent favorable va pousser, trois mois après les faits, la police helvétique en direction d’un homme d’affaires du nom de Pascal Pont. Si l’argent n’a pas d’odeur, les diamants, si. Et certains de ceux que l’homme d’affaires tentent d’écouler à des bijoutiers avec l’aide d’un avocat ont plus le parfum du Westmalle qu’on fabrique dans la province d’Anvers que celui du gruyère. On retrouve d’ailleurs dans une cave suisse blindée une partie du butin de Zaventem. Et l’on remonte en vérifiant l’entourage de l’homme d’affaires jusqu’à un bonhomme ayant un pedigree digne d’un film de Michael Mann, disons Heat, au hasard… Quelques années plus tôt, Pascal Pont, en vacances au Maroc, est tombé en panne avec sa Ferrari. À cette occasion, il demande conseil à un ami qui lui indique une concession de voitures de luxe et de compétition: “Auto Palace Maroc”. Son patron est Marc Bertoldi, un Français de Metz. 

L’homme parvient à réparer le bolide du Suisse qui, paraît-il, tombera sous l’emprise du Français. “Une fascination qui tenait de la magie noire” dira un témoin. Marc Bertoldi, a, il est vrai, des arguments. Près de deux mètres, la gueule d’un baroudeur, l’homme est un ex-coureur automobile et a échappé à la police – qui le recherchait pour escroquerie et trafic de voitures de luxe – pendant 9 ans grâce à ses talents de pilote. Il tombera finalement, purgera sa peine et se remettra en selle en Afrique du Nord. Un personnage romanesque, le “Marco”… du genre qu’on fréquente avec plus de plaisir que les premiers de classe. Le Suisse prêtera ainsi de l’argent à l’ex-taulard pour qu’il puisse ouvrir un restaurant à la mode à Casablanca. Celui-ci le lui rendra d’abord en lui offrant 2 diamants pour ses filles et puis d’autres encore. Jusqu’à ce que cette histoire s’éclaircisse bientôt devant la 47e chambre correctionnelle.

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