La Belgique en plein dans la grippe

Une épidémie de grippe virulente cette année frappe le pays. D’où vient ce virus? Est-il dangereux? Peut-on s’en prémunir? Le vaccin est-il utile? 

Grippe ©Fotolia

Apparue en Espagne à la fin du mois d’octobre, la grippe a depuis peu pointé le bout de son nez au plat pays. Mercredi dernier, l’Institut scientifique de santé publique (ISP) a même annoncé que le seuil fatidique des 140 consultations pour 100.000 habitants avait été dépassé. Et de loin! Entre le 9 et le 15 janvier, ce sont 233 personnes pour 100.000 résidents belges qui se sont rendues chez leur généraliste en raison d’un syndrome grippal. Bref, c’est officiellement l’épidémie. Le nom de la sale bête? H3N2. La même influenza de type A qui a entraîné une surmortalité prématurée de 127.000 personnes au sein des pays de l’Union européenne durant l’hiver 2014-2015. Bien que deux grippes du même sous-type puissent avoir des conséquences extrêmement différentes, la menace est prise au sérieux. En France, où le seuil épidémique a été atteint début janvier, les hôpitaux fonctionnent à 110 % de leur capacité. Chez nous, la plupart ont vu l’épidémie venir. Du personnel au repos a été rappelé en urgence. Des lits supplémentaires ont aussi été installés. Mais les médecins, eux, sont débordés. Au point qu’on s’est vu refuser pas mal d’interviews pour ce dossier, “faute de temps”. 

Chaque être humain frappé au moins une fois 

Comme ses grandes sœurs, la grippe version 2017 devrait contaminer plus d’un travailleur belge sur dix avant la fin du mois de février. La proportion, difficilement estimable, serait plus importante encore chez les personnes âgées. À partir du mois de mars, la bestiole partira en quête de températures plus basses dans l’hémisphère sud afin de profiter des systèmes immunitaires affaiblis par le froid et les autres maladies hivernales. Parallèlement, elle reste prête à frapper à tout instant dans les régions tropicales. Le virus devrait ainsi avoir contaminé, à la fin de l’année, au moins 700 millions de personnes sur la terre. 

Cela n’a rien de particulièrement inquiétant. Pas une année ne passe sans que l’épidémie ne soit déclarée. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme en outre que l’infection virale frappe chaque être humain au moins une fois dans sa vie. Dans l’immense majorité des cas, celle-ci est heureusement sans conséquences graves. Augmentation brutale de la température corporelle, problèmes respiratoires, toux, éternuements, écoulements nasaux, malaises généralisés, crampes musculaires, fatigue prolongée… La grippe se contente généralement de clouer ses victimes au lit pendant une bonne semaine. 

Public à risque

L’édition 2017 de la H3N2 ne devrait pas être différente pour les personnes en bonne santé générale. Contrairement à la H1N1 observée l’an dernier et beaucoup moins présente cet hiver, elle s’annonce par contre particulièrement virulente pour les individus au système immunitaire fragile. Les personnes âgées et les enfants de moins de cinq ans en première ligne. Selon une récente étude d’Eurofound, comme pour bon nombre d’infections virales, les adultes en situation de précarité énergétique et alimentaire risquent également plus de contracter une grippe que les autres puisque leur système immunitaire est fragilisé par des températures trop faibles, une mauvaise ventilation de l’air, une humidité trop agressive, un manque de vitamines, etc. Le virus frappe aussi plus facilement les personnes déjà atteintes de maladies chroniques comme le diabète, la cardiopathie ou les cancers. Tout comme les femmes enceintes. “Les modifications hormonales engendrées par leur état de grossesse les rendent plus vulnérables, observe le Dr Isabelle Thomas, virologue et spécialiste des maladies infectieuses et transmissibles à l’ISP. Après la naissance, l’infection peut de plus s’avérer extrêmement grave pour le nouveau-né. Or, si la mère est contaminée, les anticorps maternels qu’elle transmettra à son bébé seront de moins bonne qualité.” 

Chez les personnes fragiles, la pathologie peut pourtant s’avérer fatale. Dans son rapport pré-hivernal annuel, l’OMS démontre que l’influenza cause entre 3 et 5 millions de maladies graves dans le monde et entre 250.000 et 500.000 décès. Dans les pays industrialisés, ces derniers surviennent surtout parmi les personnes âgées de plus de 65 ans. “Il suffit qu’une seule gouttelette soit libérée lors d’une crise de toux ou d’éternuements pour que la maladie se propage dans l’air et atteigne les organes respiratoires des personnes à risque”, continue la virologue. Il arrive aussi que la grippe soit transmise par les animaux, notamment les volailles, comme cela a été le cas avec la H5N1 entre 2004 et 2007. Cette transmission reste plutôt rare et concerne surtout les humains en contact continu avec les animaux.

Virus mortel

Une fois entré dans le corps humain, le virus peut se lier à n’importe quelle cellule réceptrice saine grâce à ses protéines de surface. Le germe peut ainsi pénétrer la cellule, se multiplier par milliers et en prendre le contrôle total jusqu’à sa destruction. Ensuite, les milliers de nouveaux virus sont libérés et partent à la conquête des cellules voisines ou retournent dans les voix respiratoires. Cela engendre des inflammations et un affaiblissement des muqueuses, laissant la porte d’entrée ouverte aux autres agents pathogènes environnants, y compris bactériens. La grippe peut dès lors engendrer d’autres incommodités comme des sinusites, des otites ou des bronchites. Mais aussi des troubles bien plus sérieux et parfois mortels comme des pneumonies. Dans des cas extrêmement rares, quand la H3N2 s’attaque à un nombre trop important de cellules pulmonaires, elle peut entraîner la mort à elle seule. L’organisme réagit alors avec une telle violence qu’il s’autodétruit. 

Il n’existe pas de traitement miracle pour traiter efficacement la pathologie. Puisqu’il s’agit d’une infection d’origine virale, les antibiotiques sont inefficaces. Certains antiviraux peuvent par contre être nécessaires. Ces derniers aident à combattre l’influenza en ralentissant son développement et sa multiplication au cœur de l’organisme des malades. “Lorsque les dégâts sont trop importants, une hospitalisation peut aussi être requise, ne fût-ce que pour assurer une aide respiratoire aux patients”, ajoute le Dr Baudouin Byl, chef de la Clinique d’épidémiologie et hygiène hospitalière de l’hôpital Érasme. Pour éviter de devoir en arriver là, mieux vaut agir en prévention. 

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