Les scandinaves ne font rien comme nous et ils ont raison

À la pointe des innovations sociales, les Nordiques n’en finissent pas d’étonner. Comme un rempart d’idées progressistes, ils prouvent qu’une autre politique est possible. Exemples à la clé.

Les Nordiques à la pointe des innovations sociales ©Reporters

C’est une première en Europe. En Finlande, le revenu de base universel est passé d’utopie à projet concret: depuis le 1er janvier et pour une période de deux ans, le pays scandinave verse 560 euros à 2.000 demandeurs d’emploi choisis au hasard. Âgés de 25 à 58 ans, ils seront privés d’allocation chômage, le revenu universel faisant en quelque sorte office de remplacement. Parallèlement, un groupe test de chômeurs touchant des allocations traditionnelles a été constitué. L’idée est de comparer les deux groupes à la fin du test, prévue pour 2018. Dans les cartons du gouvernement finlandais depuis 2015, le dispositif a, certes, une vocation sociale, mais aussi psychologique. Car derrière cette mesure, la volonté du Premier ministre Juha Sipilä (parti centriste) est d’éviter “l’effet dissuasif” d’un retour au travail pour les chômeurs, qui voient, parfois, plus d’intérêt à rester sans emploi qu’à travailler pour un faible salaire. Or, avec le revenu universel, les bénéficiaires qui trouveront un emploi continueront de toucher ces 560 euros et ce, quel que soit le nouveau salaire qu’ils percevront en sus. 

Si l’essai s’avère concluant, Helsinki promet de l’appliquer à toute la population, dans le but de “réduire les dépenses de l’État” et de “relancer l’emploi”. En effet, à la différence d’une prestation sociale, la philosophie de ce revenu est caractérisée par son universalité: c’est un droit individuel, inconditionnel et cumulable avec d’autres revenus. Versé automatiquement à tous les citoyens, salariés, indépendants, étudiants ou retraités, et tout au long de la vie, il permettrait à chacun de disposer d’un “filet de sécurité” quoi qu’il arrive et de mettre fin à l’intervention ciblée de l’État et à certaines exclusions.

Le débat en Belgique

Si la Finlande est le premier pays européen à s’être aventuré dans une expérimentation, elle n’est pas la seule à voir l’idée germer. En Suisse, la question a été tranchée par référendum, les trois quarts des citoyens ayant rejeté son instauration. En France, le revenu universel est même devenu un objet de discorde entre les candidats à l’élection présidentielle. Manuel Valls y voit un moyen de simplifier les dispositifs sociaux, Benoît Hamon en a fait un élément d’une politique d’émancipation (de 524 euros à 750 euros). Pour le candidat de la droite, François Fillon, pas de revenu universel, mais une allocation sociale unique, inférieure à 75 % du montant du salaire minimum.

En Belgique aussi, l’idée d’un revenu universel est débattue, tant à gauche qu’à droite, avec des intentions bien différentes. Le MR s’est montré favorable à l’idée d’une allocation de 1.000 euros (en remplacement des aides sociales actuelles), Paul Magnette a déclaré qu’elle allait “dans le sens de l’histoire” avant de se faire chambrer par Elio Di Rupo, tandis que Marc Goblet, ex-secrétaire général de la FGTB, s’y oppose considérant qu’elle détracterait la sécurité sociale et menacerait la concertation sociale… Mais c’est du côté des écologistes que la proposition la plus concrète a été avancée par l’ancien secrétaire fédéral, Philippe Defeyt: sans suppression de l’aide sociale, il propose un revenu de base de 600 euros par mois pour les adultes et de 300 euros pour les moins de 18 ans. Un rempart contre les inégalités et la raréfaction de l’emploi, financé par la suppression de niches fiscales (comme les voitures de société), ainsi que le rabotage des pensions publiques les plus élevées.

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