Une série glacée pour Olivier Gourmet

Jour polaire, c’est la série événement franco-suédoise diffusée par Be tv. Dans ce thriller glaçant tourné en Laponie, l’acteur fétiche des frères Dardenne campe un officier de renseignements cassant. Un ”petit rôle” qui lui permet d’aborder un nouveau genre. Tout en se faisant plaisir.

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Carton en Suède (1,7 million de téléspectateurs sur 10 millions d’habitants), Jour polaire est une fiction ambitieuse, qui nous plonge au cœur de l’été arctique. Aux commandes, on retrouve Mans Märlind et Björn Stein, déjà auteurs de la série The Bridge. Après une scène d’ouverture d’anthologie, les huit épisodes déploient un écheveau d’intrigues, au centre duquel se débat Leïla Bekhti, agent de police française dépêchée en renfort des enquêteurs locaux pour élucider le meurtre d’un Français. La Laponie, l’été arctique, y jouent un rôle essentiel, tout comme la culture sami, celle d’une minorité opprimée par le gouvernement suédois. Dépaysement, mystère, images somptueuses, personnages complexes et peu sympathiques sont les ingrédients qui nous ont convaincus dans cette saga qui en est à sa troisième semaine sur Be tv. Quant à Olivier Gourmet, comme toujours impeccable et particulier, sa présence improbable apparaît très vite comme une évidence.

Comment êtes-vous arrivé dans ce projet? 

OLIVIER GOURMET – Les producteurs suédois avaient une connaissance du cinéma belge. Ils m’avaient vu dans différents films, notamment ceux des frères Dardenne. Ils recherchaient un acteur francophone. Alors ils m’ont contacté. Ils y tenaient! J’ai hésité. C’était une série, je ne suis pas habitué à ce format-là. Il fallait lire la totalité du scénario, en anglais. Mon anglais est correct mais pas à ce point-là. Ce n’est pas évident de se faire une opinion.

Qu’est-ce qui vous a convaincu? 

O.G. – Cet univers scandinave, qui me semblait très bien pour une série, puis ce personnage, qui m’amusait. Le rôle est très réduit mais ils m’ont rassuré tout de suite en évoquant une saison 2, dans laquelle il prendrait plus d’ampleur. Puis j’ai apprécié leur façon de filmer ces paysages grandioses. Ce qui a été décisif, c’est le type de comédiens choisis, leurs optiques de jeu, je sentais que ça donnerait quelque chose d’intéressant. Ils sont allés chercher des acteurs à physique, avec une vraie personnalité, dans des univers différents. Et ça donnait un tout cohérent et riche… sans tomber dans la caricature, le cliché de la série policière. 

Que retenez-vous de cette intrigue? 

O.G. – J’ai aimé qu’il y ait du fond derrière le suspense, que l’humain apparaisse dans le noir des séries policières.

Encore une marque de votre côté engagé? 

O.G. – On me dit souvent que je suis un acteur engagé donc ça ne doit pas être faux. Mais ça n’est pas à 100 % conscient. Mon premier moteur, c’est le plaisir. Il faut croire que j’en prends dans des films qui traitent de personnages qui ont une âme, une raison d’agir, un écho avec notre société. Ça m’amuse de les jouer, pas pour faire un film engagé mais parce que c’est ce genre de rôle qui me touche en tant que spectateur. Je n’y réfléchis pas, comme je ne réfléchis pas à pourquoi j’aime une dame blanche et un steak frites. D’autres personnages plus caricaturaux que j’ai joués, même dans des films plus grand public, m’ont moins amusé. En fait, j’aimerais que des films plus difficiles puissent attirer le grand public, puissent être qualifiés de “grand public”. Car c’est dans ce type de cinéma, selon moi, que l’on trouve une vraie sensibilité, une vraie pertinence. Il faudrait éduquer le spectateur dès la plus jeune enfance… Même si, en fait, ça n’a pas été mon cas. Moi, ce qui m’a ouvert, ce sont les rencontres, la curiosité, l’envie de voir d’autres choses. Donc tout n’est pas perdu!

Vous jouez un Français… Mais quand vous sentez-vous belge? 

O.G. – Tout le temps! À 53 ans, j’ai toujours vécu en Belgique à part un an à Paris pour mes études. On garde effectivement en soi une part de l’endroit où l’on a vécu. Indiciblement, inévitablement, les lieux qu’on fréquente forment votre personnalité. Je crois que ça se marque dans mon jeu. J’ai fait le Conservatoire en Belgique, j’ai été formé à “l’école belge”. On est plus anglo-saxons. Je crois aussi que ça se marque par plus de recul, de perspicacité, de distance, de tolérance… Parce que j’ai baigné dans des mélanges de culture.

La culture, ici opprimée, c’est aussi l’un des thèmes de la série… 

O.G. – Ça m’a beaucoup touché car ça résonne évidemment avec l’actualité, avec tant d’événements et de comportements d’aujourd’hui! Au quotidien, la guerre en Syrie, l’exode massif des gens, la réaction des pays et des gens face à la problématique, essentielle, de l’accueil, tout cela me touche profondément. Je suis vraiment indigné et inquiet face à la violence, au radicalisme, à ce renforcement des identités au détriment de certaines que l’on voit s’étendre, partout. Je reste révolté par la bêtise humaine, l’indifférence à la diversité et à la culture tout particulièrement. L’importance de la culture dans la construction d’une société est l’un de mes grands chevaux de bataille. On n’a toujours pas compris en Belgique que la culture, ce n’est pas uniquement le théâtre ou le divertissement, c’est grâce à elle que l’on peut diffuser une façon de vivre, contribuer à l’acceptation de la différence. J’en parlais à la ministre de la Culture, qui a l’air très bien. Elle a l’air consciente de l’outil que représente la culture pour faire découvrir la différence de façon ludique, dès le plus jeune âge. J’espère que ça se manifestera dans ses  actions politiques. 

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