The xx : « Cet album est une célébration”

L’élégant trio anglais dompte sa mélancolie et succombe enfin à la fièvre du samedi soir.

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Début de soirée. Alors que l’obscurité s’invite dans les rues de Bruxelles, Moustique débarque à l’adresse d’un hôtel étoilé comme une nuit sans nuage. Dans ce cadre raffiné, des hommes d’affaires, pressés et mal informés, passent à côté de l’essentiel: une star en noir nommée Romy Madley Croft. Installée dans sa suite royale, la chanteuse de The xx remonte la ligne du temps de son groupe. Arrivé sur la pointe des pieds en 2009 avec une musique minimale et sexy, le trio londonien a gravé ses deux croix sur la  pochette d’un premier album culte (The xx). Entre spleen glamour et new wave fuselée, Romy, Oliver Sim (basse, voix) et Jamie (xx) Smith (programmations) ont transcendé l’héritage de The Cure et ouvert la voie à une génération en or (de James Blake à Lorde). En 2012, les Londoniens marquent le pas avec Coexist, une copie pas conforme du premier essai. Après la montée en puissance de Jamie xx et cinq ans d’absence, le club des trois se réinvente avec I See You, disque porté par l’amitié et une irrépressible envie de bouger (On Hold, Dangerous).

Voilà maintenant dix ans que The xx occupe le devant de la scène. En jetant un coup d’œil dans le rétro, observez-vous un décalage entre vos rêves d’ado et votre situation actuelle?

ROMY MADLEY CROFT – Quand nous avons commencé, j’avais quinze ans. À l’époque, ça me semblait impensable d’enregistrer trois albums. Pour moi, la musique était avant tout un mode d’expression. J’étais tellement timide qu’il m’était plus facile de dire les choses dans des chansons que d’évoquer certains sujets en face-à-face. Je me préservais du monde extérieur. Et puis, on nous a proposé des concerts… J’ai dû monter sur scène: un endroit où, très honnêtement, je n’étais pas à l’aise. Me sentir bien devant les gens, ça m’a demandé beaucoup de temps. Le décalage est là: j’ai toujours voulu jouer ma musique devant un public, mais je n’imaginais pas que ça me demanderait tant d’efforts pour éprouver du plaisir sur scène.

En 2014, vous annonciez déjà l’arrivée d’un nouvel album. Finalement, il sort trois ans plus tard. Que s’est-il passé?

R.M.C. – La dernière tournée s’est achevée fin 2013. Dans la foulée, nous avons écrit de nouveaux morceaux. Nous étions motivés. Au printemps 2014, nous avons joué quelques shows intimistes à New York pour tester les nouvelles chansons. Juste après, nous sommes partis dans le désert de Marfa, au Texas, pour finaliser notre disque et faire quelques prises supplémentaires pour l’album solo de Jamie. C’est à ce moment-là qu’il a sorti In Colour. Il n’avait aucune idée de l’impact que pouvait avoir sa musique. Il a fait un carton et, du coup, nos compos sont restées dans les tiroirs pendant plus d’un an. En les retrouvant, nos envies étaient totalement différentes…

I See You marque une évolution dans votre musique. Par moments, c’est carrément dansant. À quoi correspond ce changement de cap? 

R.M.C. – Nous avions réalisé l’album précédent sans aide extérieure, comme coupés du monde, dans l’intimité d’un appartement londonien. Cette fois, nous avons arraché les rideaux et ouvert les fenêtres pour laisser pénétrer de l’air frais, des envies d’ailleurs. La solution de repli n’était plus envisageable. I See You s’est dessiné en différents endroits du globe. Reykjavik, Los Angeles, Londres, New York, Texas. Là où, par le passé, nous respections scrupuleusement certaines règles d’enregistrement, nous avons opté pour le changement. Un truc radical. I See You échappe à toutes les formules de fabrication préétablies. 

L’album s’ouvre avec Dangerous, un morceau qui flirte avec une certaine euphorie. Plus de joie, moins de mélancolie, c’est votre nouveau credo? 

R.M.C. – Le succès de Jamie xx nous a ouvert les yeux. Quand j’allais le voir en club, il sautillait derrière ses platines avec un sourire jusqu’aux oreilles. I See You s’inspire de son expérience solo. De mon côté, je ne voulais plus chanter le manque affectif et les ruptures sentimentales. Aujourd’hui, je suis en couple, amoureuse, vraiment heureuse. Ce nouvel album, c’est une célébration.

D’où vient le titre de l’album, I See You?

R.M.C. – Ce n’était pas évident de résumer les chansons en un mot, une idée globale. Au fond, ce qui rassemble les morceaux, c’est notre amitié. I See You évoque ce rapport à l’autre. L’ami te comprend et t’observe. Parfois, il est le miroir de tes propres sensibilités. Pour développer cette idée, nous nous sommes inspirés du Velvet Underground et de leur chanson I’ll Be Your Mirror. En gros, quand tu te sens nul, paumé dans la vie, la vision de tes amis peut toujours t’aider, te rappeler qui tu es vraiment. Cette idée nous a vraiment guidés dans la conception du nouvel album.

The XX, I See You

*** The xx, I See You, Young Turks/Beggars Banquet.

Les 1er et 2 mars à Forest National, Bruxelles.

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