Un salon dans l’auto

Ils représentent un quart des immatriculations en Europe et trusteront les stands du Salon de l’auto. À l’aise à la campagne comme à la ville, les Sport Utility Vehicles (SUV) se sont surtout imposés grâce à une perception toujours plus individualiste de l’automobile. 

Salon Auto

À bord, la position de conduite est haute, rassurante. La vision du trafic permet d’anticiper un brusque ralentissement, élargit l’horizon des passagers. Et tant pis si, derrière, on bouche un peu celui des suiveurs. Vu de l’extérieur, le côté baroudeur, hérité de l’univers des quatre roues motrices (4×4), ajoute un supplément d’âme. Plus rassurants que les berlines, plus excitants que les monospaces, les Sport Utility Vehicle (SUV) confèrent le sentiment réconfortant, mais aussi valorisant, d’être isolé du reste des usagers de la route. C’est un peu comme à la maison, chacun chez soi. Et c’est justement la clé de son succès, pour François Le Clec’h, directeur de Daimler Chrysler France. 

“L’un des éléments du succès des SUV, c’est effectivement d’abord cette impression de sécurité et d’invulnérabilité que procure la position dominante de l’habitacle. Pendant de très longues décennies, on a défini des segments automobiles, berlines, breaks et autres… Et on a rendu ces catégories immuables. Sauf que l’évolution des modes de vie aidant, on s’est aperçu que les gens aiment le changement et adhèrent à des formes nouvelles et à une utilisation différente de l’automobile. Au milieu des années 90, on a donc, enfin, écouté la clientèle qui souhaitait rouler dans un véhicule à quatre roues motrices. Mais pas forcément pour aller faire du franchissement pur et dur.” 

Ainsi, en Chine, où une étude de satisfaction vient d’être menée auprès des propriétaires de SUV, la vogue de ces 4×4 urbains semble bel et bien s’expliquer principalement par une volonté de se protéger du nombre croissant de violences enregistrées sur les routes. Ensuite, un véhicule plus imposant et plus haut que les autres représente aussi un moyen de faire valoir son statut social. Enfin, complète Le Clec’h, “ces véhicules de loisirs permettent à leurs propriétaires de se déplacer dans un environnement tout simplement fashion”. Car les SUV sont apparus dans les années 2000 sur le segment plutôt haut de gamme d’abord (BMW X3 et X5, Mercedes MR, Audi Q7…), en s’inspirant des modèles des constructeurs américains (Ford Explorer, Jeep Grand Cherokee) ou anglais (Range Rover). Après avoir donné naissance à des voitures plus petites, le SUV s’apprête à partir à la conquête, à la fois du grand public, mais aussi du tout grand luxe, segment où il est encore faible. Avec des modèles (plus ou moins réussis) siglés Maserati, Jaguar, Bentley et même Rolls-Royce. À quand Ferrari?

Pas plus chers… à produire

En attendant, Selon IHS Automotive, spécialiste archi-reconnu des études de marché de tout ce qui se déplace sur roues, les ventes de petits SUV devraient carrément doubler d’ici 2018. Pour s’approcher du   million d’unités vendues sur le Vieux Continent, puis continuer de manière soutenue sur cette belle trajectoire et augmenter de 70 % jusqu’à 2020. Autant dire que l’on n’en a pas terminé avec la déferlante des SUV, sorte de très proche cousin du Crossover. D’ailleurs, la conclusion des spécialistes est sans appel: dans environ deux décennies, les classiques berlines seront bel et bien devenues minoritaires, en Europe comme aux États-Unis. Et en Chine, la SUV-mania est encore plus palpable qu’en Europe. Puisqu’elle fait vendre 4 à 5 millions d’automobiles par an et pesait déjà 27 % du marché au premier trimestre 2016. Tandis qu’en Inde, aussi, on adore ces faux 4×4. Le groupe Renault ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Avec le Kwid, sorte de mini-SUV légèrement surélevé et low cost, réservé aux marchés émergents, vendu sur les bords du Gange pour le très modique prix de 5.000 euros.

L’inclination des Européens pour le petit SUV n’est évidemment pas étrangère au succès d’un modèle comme le Renault Captur (52.000 ventes au premier trimestre 2015, soit une croissance de 27 %) ou de son homologue français chez Peugeot, le 2008 (41.200 ventes sur la même période). Sans oublier Dacia, filiale low cost de Renault, dont le Duster (qui n’est pas précisément petit, mais qui figure, sans doute à cause de son tarif, dans cette catégorie) s’inscrit en troisième position avec 34.500 immatriculations sur les trois premiers mois de l’année 2016. Autres marques à avoir habilement anticipé les potentialités du petit SUV: Opel-Vauxhall avec le Mokka, ainsi que Fiat avec la nouvelle 500X et Jeep avec son Renegade. Sans oublier Mini avec son Countryman ou le japonais Nissan avec le Juke. Rendons d’ailleurs ici à César ce qui lui appartient: ce dernier modèle est à l’origine de ce segment.

Et on comprendra d’autant mieux l’engouement des constructeurs pour les SUV que, outre le fait qu’ils  se vendent remarquablement bien, ils sont conçus sur la même plateforme et sont équipés des mêmes moteurs que des modèles de très grande diffusion dont ils sont issus (comme la Clio pour le Captur, ou la 208 pour le 2008). Ils ne sont donc pas plus chers à produire. D’autant que le même véhicule peut convenir aussi bien à l’Europe qu’au continent  asiatique, ce qui n’est pas le cas du segment des berlines, par exemple. Ces dernières doivent, elles, prendre en compte certaines spécificités (coffre plutôt que hayon, dimensions…) selon les marchés où elles seront écoulées. En revanche, les SUV affichent des prix de vente sensiblement plus élevés (comptez près de 2.000 euros de marge supplémentaire pour un petit SUV), sans pour autant offrir beaucoup plus d’espace à bord. Bref, le modèle s’arrache chez les consommateurs tout en boostant  les marges bénéficiaires des constructeurs. Que demande le peuple…

Du 14 au 22 janvier. Brussels Expo, place de la Belgique 1, 1020 Bruxelles. www.autosalon.be

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