Sexisme : en fait-on trop ?

À chaque dérapage supposé, les professionnels de  la bonne conscience s’indignent. Au point d’occulter les vrais enjeux. Voire d’empirer les choses.

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Bigoudis dans les cheveux et tablier sur le dos, une petite fille a enfilé ses gants et agrippé sa peau de chamois. Le message: “Osez réaliser vos rêves… Devenez auxiliaire de ménage”. Sur la Toile, plusieurs associations féministes et élus politiques, avec la ministre des Droits des femmes Isabelle Simonis, dénoncent une annonce “clairement sexiste” et “pas favorable à l’émancipation des femmes”. L’affiche joue sur de vieux clichés? C’est incontestable. Le  Forem a d’ailleurs admis sa maladresse. 

Mais, pour indélicat qu’il soit, est-il pour autant incorrect? Selon une étude de l’UCL, 98 % des aides ménagères du  secteur des titres-services sont des femmes. Le choix de la gent féminine pour illustrer la profession n’est donc pas si surprenant. Et puis, il est permis de se demander si cette indignation dégainée à tout bout de champ n’équivaut pas à   tirer une balle dans le pied d’un pseudo-féminisme en marche (ou plutôt en ligne)? Plutôt que d’éveiller les consciences sur les inégalités entre les sexes, il semble surtout que cette polémique ait engendré autant de réactions négatives d’un autre tonneau, beaucoup moins féministes, elles. Comme si, en cas de surdosage, le politiquement correct finissait par engendrer l’incompréhension, voire le ressentimment revanchard d’une partie de la société. Qui entraînerait à son tour des dérives qu’on n’imaginerait plus possibles en 2017 en Belgique. 

Ce qui suit n’en est pas une preuve, mais à tout le moins un indice: la découverte récente, par les médias, du groupe Facebook “Babylone 2.0 – certifiées pêches perso” où quelques 52.000 jeunes   hommes francophones s’y partagent les photos de leurs conquêtes prises dans l’intimité, parfois à leur insu, et les commentent de manière crue, détachée, voire dégradante. Comme on ne le ferait même pas de vulgaires objets. 

La société belge reste extrêmement sexiste. Selon une étude européenne, les femmes réalisent en moyenne toujours 1 heure 27 de tâches ménagères en plus que les hommes chaque jour. Les postes à responsabilité restent majoritairement détenus par des hommes. Et les plaintes pour sexisme au boulot ou dans la rue ne cessent d’augmenter. Il ne faudrait pas que les dérapages, s’ils en sont, comme celui du Forem, ne voilent à force de lasser les vrais défis du combat – essentiels, ceux-là – du féminisme. 

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