Obama, comédien en chef

En huit ans à la Maison-Blanche, le 44ème président des Etats-Unis a imposé une attitude "cool". Grâce à une communication ultra-rodée. Yes, he did.

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A l’heure où l’œil médiatique est braqué sur les dernières actions de Barack Obama, sur son discours d’adieu et, bientôt, sur l’une des transitions de pouvoir les plus musclées de l’histoire, la tension est plus que palpable. Malgré des premiers contacts «engageants» entre ce dernier et Donald Trump, le gouffre entre les positions politiques du 44ème et 45ème Président des États-Unis était trop béant pour que la passation se déroule en douceur. D’autant que les deux hommes maîtrisent à merveille les rouages des outils de communication pour faire passer leur message. Et c’est une première. Chacun a sa technique : d’un côté celle très efficace du chaud-froid de Trump qui commente les décisions de son prédécesseur avec des tweets assassins pour revenir sur ses propos de façon modérée dans la presse traditionnelle, de l’autre celle d’Obama, toujours positif, décontracté, mais aussi relativement ironique. Un usage très réfléchi depuis 2008 qui permet au Président sortant de quitter ses fonctions à 55 ans avec une cote de popularité plus que flatteuse, la preuve encore ce 10 janvier, lors de son au revoir à Chicago en bouclant la boucle de son parcours par un énergique « Yes we did ». On fait son bilan médiatique.

Un ton, un style et une élégance pensée de bout en bout. La preuve avec son usage des médias, plutôt atypique pour un chef d’Etat : dès les premières semaines de son mandat, Barack Obama a voulu s’offrir une image cool et accessible, se rendant sur les plateaux des Late Shows américains, populaires et friands de l’humour second degré. C’est d’ailleurs la toute première fois qu’un président s’est prêté à cet exercice. On se souvient de sa venue chez Stephen Colbert, l’un des papes du genre, qui le questionnait sur la raison du prix Nobel de la paix reçu quelques semaines plus tôt. Ce à quoi le Président a répondu, amusé, qu’il ne savait toujours pas pourquoi on lui avait attribué. Jimmy Kimmel, Oprah Winfrey, Ellen DeGeneres… Il a accepté toutes les invitations, n’hésitant pas à utiliser l’autodérision, en matière de réseaux sociaux notamment, en lisant à l’écran des commentaires d’internautes qui le tournaient en ridicule. Même schéma avec Ellen DeGeneres aussi, qui se targuait d’avoir plus de partages que lui sur Twitter grâce à son selfie aux Oscars. Ici, il n’est surtout pas question de faire des révérences, que du contraire.

Dans cette même volonté de casser les codes, comme l’expliquait Dan Pfeiffer, son ancien conseiller en communication, le Président des États-Unis a pris part à l’émission «Between Two Ferns», une parodie en ligne des talk-show animée par l’acteur Zach Galifianakis. Participation qui a fait couler beaucoup d’encre, certains conservateurs considérant cet exercice « indigne » de sa fonction, alors qu’il s’agissait d’une manœuvre d’Obama pour pouvoir parler de son plan de santé aux plus jeunes. L’impact est immédiat, l’interview est partagée en masse sur les réseaux sociaux. Chacun de ses interlocuteurs est ainsi choisi avec soin, comme Ta-Nehisi Coates pour The Atlantic, auteur du livre «Une colère noire» qui figurait parmi les lectures estivales du chef de l’Etat. En 2016, pour la première fois ou presque, il y aborde ses racines noires, raconte ses impressions à la lecture de l’autobiographie de Malcolm X et explique s’être dit «Si cela m’était arrivé, j’aurais une attitude très différente. Et c’est une partie de ce que j’ai essayé d’expliquer (…) Pourtant, malgré mon parcours, le fait d’être préservé et d’avoir vécu à l’étranger toute une partie de ma vie, j’ai pu me rendre compte de ce que ça fait d’être Afro-Américain aux USA : quoi qu’il arrive, si vous attendez en dehors d’un restaurant, on vous tendra toujours les clefs, pensant que vous êtes là pour garer les voitures.»

Cette communication ultra-rodée emprunte également nombre de ses codes au registre du stand-up, si populaire outre-Atlantique. Si l’humour des présidents d’alors s’apparentait aux blagues de Toto, soudainement Barack Obama aidé d’un talent oratoire exceptionnel s’est mis aux punchlines, prenant à partie certains membres de son assemblée pour leur asséner des vannes. Donald Trump en a fait les frais en 2011, lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche. Un des discours les plus difficiles de l’année. À l’époque, le milliardaire y est largement raillé pour avoir émis des doutes sur le lieu de naissance d’Obama. Le président des États-Unis lâche: «s’il y en a un qui doit être heureux ce soir, c’est bien Donald Trump. Maintenant que mon acte de naissance officiel est publié, il va pouvoir se concentrer sur des sujets importants, comme «Est-ce que l’homme a vraiment marché sur la Lune?» ou «Où sont passés Biggie et Tupac?» La foule est hilare, Trump lui ronge son frein. Selon Roger Stone, l’un de ses conseillers, c’est ridiculisé face au gotha entre les smokings et les robes de soirée qu’il aurait décidé de se lancer politique.

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