Sous les spotlights de la Belgique

Éblouis par les éclairages, nous ne pouvons même plus observer les étoiles. La pollution lumineuse perturbe aussi notre sommeil et notre alimentation. Mais qui s’en préoccupe ?

spotlight

La photo shootée par les chercheurs de l’Institut italien de la pollution lumineuse est splendide. Prise depuis l’espace lors d’une nuit sans lune et sans nuages, elle montre les continents d’un bleu foncé presque noir et certains pays d’un jaune verdâtre. Les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Europe y sont particulièrement étincelants. On le sait, grâce à son réseau autoroutier éclairé, la Belgique possède l’un des points lumineux les plus intenses du globe. Depuis la Terre, le cliché est complètement différent. Au-dessus de villes comme Liège et Bruxelles, il est possible d’observer, avec un peu de chance, à peine une cinquantaine d’étoiles. Tandis qu’à Spa, l’une des villes belges où le ciel est le moins pollué, on peut en compter jusqu’à 1.800 en une seule nuit. “La pollution est telle que le département d’astronomie de l’Université de Liège a déménagé au cœur du désert d’Acatam au Chili, assène Emmanuel Jehin, chercheur à l’Institut d’astrophysique et de géophysique de l’ULg. Là-bas, il est encore possible de repérer plus de 3.000 étoiles à l’œil nu, comme pouvaient le faire nos arrière-grands-parents depuis la Belgique.”

Cette carte ne laisse planer aucun doute sur notre pollution lumineuse ©Belga

99 % des Européens et 80 % de l’humanité entière vivraient sous un ciel nocturne artificiel. Il suffit de trouver un point de vue en dehors des villes pour s’en rendre compte. Depuis les années 80, le ciel subit une augmentation de la pollution lumineuse d’environ 5 % par an. Il s’agit pourtant d’une des rares nuisances qui ne soit pas traitée ici-bas. Et la reconnaissance par l’Unesco du ciel nocturne comme patrimoine mondial n’y change rien. Ce halo de   lumière cache pourtant bien des conséquences. “Il n’est désormais plus possible de voir notre galaxie – la Voie lactée – à l’œil nu. Or, l’authenticité du ciel a permis à l’humanité de se développer dès ses premiers pas sur terre. Le ciel a inspiré les cultes et les dieux, mais nous a surtout mis face à notre petitesse. Or pour la première fois, les nouveau-nés ne le sauront jamais et finiront peut-être par croire à nouveau qu’ils sont au centre de l’univers.”

La dégradation du ciel n’est toutefois pas la seule conséquence. La surabondance de lumière et les phénomènes d’éblouissement qu’elle provoque perturbent le cycle jour-nuit. Le corps produit une hormone naturelle appelée mélatonine dont le rôle est de réguler les rythmes biologiques. Mais quand la lumière est omniprésente, même à faible intensité, tout le système naturel est déréglé. Le corps ne produit plus cette hormone en suffisance et cela peut engendrer une fatigue intense et, dans certains cas, des crises d’anxiété et de dépression.

Rien à se mettre sous la dent

Et ce n’est pas tout. La pollution lumineuse dérègle également l’écosystème terrestre en perturbant sa biodiversité. L’obscurité conditionne effectivement la vie de nombreuses espèces animales et végétales. À l’instar de l’homme, celles-ci sont réglées par une horloge interne. La hausse de luminosité nocturne incite ainsi les animaux à hiberner pour la saison froide plus tôt que prévu. L’activité des plantes suit globalement le même bouleversement.

Certains dérèglements sont sans doute déjà irréversibles. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il soit trop tard pour agir. “En moyenne, l’éclairage public – les lampadaires, les lumières industrielles ou les panneaux publicitaires – gaspille 30 % de la lumière vers le ciel. Dans le cadre des lampadaires “boules”, ça monte à 75 %. Or illuminer le ciel ne sert strictement à rien. À part faire payer les citoyens et polluer la planète”, argumente le scientifique.

Au niveau légal, cependant, rien n’interdit la pollution   lumineuse. En Wallonie comme à Bruxelles, seul un   “code de conduite” aborde la question. Un code non contraignant et dont aucun politique ne fait sa priorité. Les partis socialiste et écologiste ont pourtant travaillé sur la problématique il y a quelques années. Écolo avait même rentré une proposition de décret au Parlement de Wallonie. Mais elle a vite été oubliée. “Outre la méconnaissance du phénomène, termine l’astrophysicien, les pouvoirs publics manquent aussi de fonds pour imposer de nouvelles normes. Ce qui est un mauvais calcul. Sur le long terme, on fera ainsi des économies d’énergie. »

Pour découvrir la suite de l’article, rendez-vous en librairie ou sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Plus d'actualité