Ces Belges qui décident de vivre à l’étranger

Tout plaquer pour reconstruire sa vie à l’étranger. Des milliers de Belges le font chaque année. Le Canada, l’Australie, l’Europe de l’Est ou les Émirats arabes unis sont les nouveaux eldorados. Mais l’herbe est-elle vraiment plus verte ailleurs? Pas toujours.

Eldorado ©Fotolia

Julien a terminé ses études d’ingénieur civil à l’UCL en 2013. À 28 ans, ce rejeton de la bonne classe moyenne de Waterloo a tout de suite reçu de nombreuses offres d’emploi hyper-attractives. L’une d’entre elles émanait d’une grosse multinationale basée à Dubai. 3.500 € par mois. Et un logement de fonction. Il n’a pas hésité longtemps avant d’accepter, emballé par l’idée de découvrir une nouvelle culture. Il avait aussi entendu dire que les expatriés ne payaient aucun impôt sur leurs revenus. Ça s’est vérifié. Sa seule crainte? La paperasse à remplir avant le grand départ. Son employeur l’a vite rassuré: avec un passeport belge, pas besoin d’introduire une demande de visa. Une fois installé dans son bel appartement deux chambres, il serait guidé pour ouvrir un compte en banque et déposer une demande de permis de travail. 
“J’ai commencé à déchanter quand j’ai été confronté aux règles locales pour la première fois, avoue Julien. Pour m’octroyer ce permis, on m’a fait passer un examen médical. Le médecin m’a dit: “Vous n’êtes pas séropositif, vous êtes donc le bienvenu”. J’étais choqué. Là-bas, le sida est illégal. De même que l’alcool. Du moins en théorie. Il est possible d’en boire dans des lieux privés. Autre exemple: en dehors des plages privées, les femmes trop peu habillées sont extrêmement mal vues. Pourtant, c’est la mer. Il fait chaud. Ça me paraît normal qu’elles restent en short et en bikini…” 

Dubai et Abou Dhabi

Là-bas, Julien vit 90 % de son temps “à l’européenne”, entouré d’Occidentaux. Les Émiratis ne représentent que 15 % de la population locale. Il la croise peu. Quand Julien annonce à ses parents vouloir s’installer aux Émirats arabes unis, ils ne le prennent pas au    sérieux et se demandent ce qu’il va faire loin de la Belgique et de ses traditions. Sur place, il rencontre beaucoup de Belges! “Je dois l’avouer, la grande vie que je peux mener ici me fait oublier les divergences culturelles. J’ai un job qui me plaît et mon contrat de travail prévoit deux allers-retours vers la Belgique par an pour retrouver ma famille.” En 2014, date du dernier rapport d’Eurostat sur les émigrations, ils étaient 516 de plus à s’y être installés, principalement à Dubai et Abou Dhabi. L’année précédente, ils étaient à peine moins.
“Les salaires et conditions de vie avantageuses dans les Émirats intéressent énormément de Belges, souffle Diego Angelini, conseiller expatriation au sein de l’Union francophone des Belges à l’étranger (UFBE). On retrouve sur place de nombreux ingénieurs et d’anciens pilotes de ligne de la Sabena qui ont été embauchés dans des compagnies aériennes locales.” Séverine Francken, conseillère en mobilité internationale pour la zone Namur-Charleroi du Forem, atteste la tendance: cette année, elle a dû aider des Belges à organiser leur départ vers le Moyen-Orient, bien qu’elle ne sache pas si, au final, ils sont partis…

Les Belges convoités

Nouvelle, cette destination n’attire que des profils extrêmement pointus. Or les Belges n’attendent pas tous de terminer de brillantes études supérieures pour quitter le royaume. En 2014, ils étaient au total 89.967 à poser leurs bagages à l’étranger. Soit quatre fois plus qu’il y a dix ans. Selon le SPF Affaires étrangères, ils seraient aujourd’hui, sur la base des personnes non inscrites à l’État belge, 461.516 à vivre en dehors des frontières nationales. Soit plus de 4 % de la population. 
“Les Belges émigrent principalement dans des pays de l’Union européenne, la plupart limitrophes à la Belgique. Ensuite, les pays à succès demeurent depuis le siècle dernier le Royaume-Uni et l’Espagne, explique Nathalie Vanparys, responsable du service Statistiques au Centre fédéral Migration Myria. Il y a également les retours vers les pays d’origine des Belges, notamment l’Italie et le Maroc. Toutes ces expatriations correspondent à 60 % des départs.” 

À côté de ces émigrations peu surprenantes, certains Belges se laissent aussi tenter par des destinations plus exotiques. À commencer par l’Amérique du Nord. Toujours d’après Eurostat, en 2014, 4.793 Belges se sont enregistrés aux États-Unis et au Canada. Avec, selon le Consulat de Belgique à Montréal, un engouement particulier pour le Québec qui compterait désormais entre 25.000 et 30.000 Belges. Le Canada francophone est attractif pour les Wallons. Ne serait-ce que pour la langue. “La plupart des entreprises québécoises demandent de bonnes notions d’anglais aux candidats belges, poursuit Séverine Francken. Mais les Belges ont un bon niveau en langues étrangères. C’est pourquoi les candidats qu’on envoie là-bas s’intègrent rapidement. Les entreprises canadiennes viennent en masse recruter en Belgique francophone. La demande est telle qu’on compte parfois une quarantaine d’offres d’emploi émanant du Canada sur une seule journée. Elles offrent de sacrées conditions! Ce sont souvent des contrats permanents avec un salaire attractif et des assurances privées qui garantissent la même sécurité sociale qu’en Belgique. Certaines entreprises s’occupent même de l’installation des candidats en leur trouvant un logement, une voiture et en les accompagnant dans les démarches administratives.” 

À la recherche du bonheur

Le dernier Job Day “Destination Canada” a eu lieu à Bruxelles en octobre. Organisé par le gouvernement canadien, il a pour objectif de faciliter l’embauche des travailleurs francophones en dehors de la région du Québec afin de préserver le bilinguisme national     menacé d’extinction. C’est pourquoi l’État a mis en place le projet “Mobilité Francophone” exemptant, entre autres mesures, les employeurs de mener une “étude d’impact sur le marché du travail” lorsqu’ils engagent des francophones étrangers dans les        domaines de la gestion et des professions manuelles et techniques. La tendance? 2017 devrait voir le nombre de Belges en partance pour le Canada exploser.
Les entreprises canadiennes ne sont pas les seules à venir recruter en Belgique. Depuis le début de la décennie, les boîtes installées dans les pays d’Europe de l’Est font de même. En 2014, 6.502 Belges se sont laissé convaincre. 4.048 sont partis vers la    Roumanie et la Bulgarie, de loin les destinations les plus convoitées. Pour elles, pas de salon de grande ampleur, mais des petites réunions d’information organisées avec le Forem. “On est dans le même ordre d’idées sauf que les entreprises ne se regroupent pas. Elles viennent de manière individuelle recruter des Belges avec des contrats tout aussi avantageux, à relativiser avec le coût de la vie sur place, et un accompagnement appuyé pour l’installation des travailleurs.” L’Australie et la Nouvelle-Zélande attirent également chaque année des centaines de Belges. Comme, depuis 2010, le Brésil, le Viêtnam et les Émirats arabes unis. 

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