Michel Lejoyeux: « La santé de l’esprit est la première marche vers le bonheur »

Après une année aussi pénible et encombrée d’images difficiles, comment garder le sourire? Auteur du livre Les 4 saisons de la bonne humeur, le psychiatre Michel Lejoyeux - ça  ne s'invente pas - nous livre quelques clés.

Bonne humeur ©Kanar

Accompagnés ou non des trois “baises” traditionnelles, les vœux de bonheur vont généreusement se distribuer ce premier janvier. Plutôt que de bonheur, Michel Lejoyeux, professeur de psychiatrie et d’addictologie, veut parler de bonne humeur, et dans son sillage, de bonne santé. Sous-titre de son livre: “Programme annuel de santé pour le corps et l’esprit”. Et c’est exactement ça: un recueil de conseils, de multiples recommandations, musique, sport, alimentation, style de vie, simples à mettre en place, une compilation d’études qui valident des comportements favorisant le bien-être. Avec le sens de la formule, un volontarisme un chouïa trop appuyé, un large ratissage d’exemples, de bon sens souvent, parfois plus surprenants, Lejoyeux dispense en mode légèreté ses conseils. Ça tombe bien, le moment est aux bonnes résolutions. (Mais nous ne somme pas obligés d’en prendre. Et si on en prend, rester modeste, et passer en revue celles qui ont été tenues.)

N’existe-t-il pas déjà des tas de livres de conseils pour aller bien, de bouquins sur le développement personnel ?

MICHEL LEJOYEUX – Je suis professeur de médecine. Je tiens à ce que mon livre reste dans le champ médical. Je ne sais écrire que sur ce que je fais, qui est lié à ma pratique. Je me suis aperçu que dans une consultation sur deux, je ne prescrivais pas de médicaments, je ne faisais pas de thérapie compliquée, mais proposais juste des  petits changements d’habitude de vie, qui faisaient que les gens se sentaient mieux dans leur tête. Mon livre compile, saison par saison, très modestement, très simplement, ces petites expériences dont j’ai le sentiment qu’elles peuvent changer les choses, comme un état des lieux des recherches validées médicalement et scientifiquement. Je suis toujours un peu gêné par ceux qui proposent une technique ou une méthode non validée par la science, d’autant que, dans le domaine, il existe toute une série d’expériences récentes passionnantes.

Vous dites que notre forme mentale se travaille comme notre forme physique. Il appartiendrait donc à chacun de “choisir” d’être de bonne humeur ?

M.L. – Il y a une centaine d’années, un monsieur qui s’appelait Alain a dit: “Le pessimisme est de nature, l’optimisme est de combat”. Nous avons quand même des petits combats à mener pour être et rester en bonne santé. La bonne humeur occupe le versant psychologique de la bonne santé. Si vous faites des petites choses pour renforcer votre forme physique, vous pouvez également poser certains actes pour renforcer la santé de votre esprit, de vos émotions, de votre cerveau.

C’est ce que vous entendez par “pratiquer la bonne humeur comme style de vie” ?

M.L. – Il existe un style de vie bon pour le cœur, certains régimes sont meilleurs que d’autres pour votre corps, il existe de même un style de vie bon pour les émotions. Ce n’est pas pour culpabiliser, pour dire “vous devez mener des combats contre vous-même”. Il faut savoir qu’aujourd’hui on voit en direct ce qui se passe dans notre cerveau, on voit les neuromédiateurs, les taux d’hormones baisser ou augmenter selon que l’on fait telle ou telle chose. Moi, je reste sur le mode informatif. Je vous dis comment ça fonctionne, et vous allez peut-être avoir envie de tenter une ou deux expériences.

Votre livre n’est-il pas une énième injonction, au côté de celles d’être heureux, de ne pas se plaindre, etc.?

M.L. – Je ne me sens pas légitime pour aborder la question du bonheur, c’est un truc de philosophe. Étant médecin, je ne me sens légitime que pour donner des conseils liés à l’actualité scientifique. J’ai la faiblesse de penser que la santé de l’esprit, et donc la bonne   humeur, est la première marche vers le bonheur. Il faut quand même savoir qu’en termes de consommation  de médicaments, la France détient un triste double record: on y consomme le plus d’antidépresseurs, mais c’est aussi le pays où les vrais malades de la dépression sont les moins traités. N’importe qui a recours aux médicaments, et le vrai malade n’en reçoit pas. C’est contre ça aussi que s’élève mon bouquin. Il s’attache à faire remonter un peu de bon sens médical. 

C’était d’ailleurs le sujet de votre premier livre… 

M.L. – J’abordais dans Tout déprimé est un bien portant qui s’ignore la différence entre déprime et dépression. En tant que médecin, je suis dans cette démarche nécessaire d’exposer ce qui est validé, ce qui fonctionne indépendamment des médicaments. J’en ai assez qu’on parle de bonheur, et je voudrais qu’on parle de santé. Et j’en ai assez qu’on culpabilise avec ce que l’on devrait faire – je préfère exposer de petites expériences à la portée de tous. Transmettre un message optimiste sur le fait que nous avons, à portée, de la bonne humeur, et que ça n’a rien à voir avec une quelconque manière de contrôler ses pensées. Mais on ne veut pas assez regarder l’impact positif de certaines expériences. Nous avons une merveilleuse machine à fabriquer de la bonne humeur sous notre crâne, encore faut-il accepter l’idée d’en regarder le mode d’emploi.

 

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