Ces Belges qui vivent sans énergie

En Belgique, un million de ménages subissent une forme de précarité énergétique et connaissent des difficultés pour se chauffer, s’éclairer ou cuisiner. Des aides existent… mais des milliers de personnes n’en bénéficient pas. 

Energie ©Belga

Mère de deux enfants, Daïna loue un appartement deux chambres dans la région de Charleroi. Comme bon nombre de parents célibataires, elle peine à payer ses factures d’électricité et de chauffage. “Je travaille à temps plein comme employée administrative. Mais avec deux ados, mon salaire est insuffisant. Alors, forcément, je suis extrêmement attentive à ma consommation d’énergie. Par exemple, je ne chauffe jamais ma chambre et faiblement la salle de bain. Dans la pièce de vie comprenant le living et la cuisine ainsi que dans la chambre que se partagent mes fils, je mets 18 degrés.” En cette période de l’année, il arrive que la température n’atteigne pas ce plafond. “Je n’ai que du simple vitrage. Les pièces se refroidissent très vite et il faut chauffer longtemps pour atteindre une température correcte.” 

900.000 ménages touchés

Daïna vit de la sorte depuis plusieurs années. Mais  elle sait désormais comment grappiller quelques euros… “Déjà, les douches doivent être très courtes. Environ 3 minutes. Ça n’a l’air de rien, mais j’ai aussi installé des bas de porte pour empêcher l’air de passer. Puis j’achète des ampoules LED qui consomment moins et qui durent plus longtemps. Je m’attends toutefois à avoir des factures plus élevées en ce mois de décembre. Pour faire plaisir à mes fils, j’ai mis un sapin de Noël… avec une guirlande éclairée de manière continue.” Daïna souffre de ce qu’on appelle la pauvreté énergétique. En Belgique, environ 900.000 ménages seraient dans sa situation, selon le baromètre de la Fondation Roi Baudouin. Comme 4,2 % des familles belges qui restreignent leur consommation spontanément, Daïna ne demande de l’aide à personne. À ceux-là, il faut ajouter les 19,9 % qui avouent avoir des difficultés financières à se chauffer, mais qui y parviennent ou qui y consacrent une part trop importante de leur budget. 

« Des frais inattendus »

“Contrairement à la pauvreté financière, la pauvreté énergétique touche également des personnes aux revenus suffisants”, explique Aurélie Ciuti, responsable du Réseau pluraliste de lutte pour un droit d’accès à l’énergie pour tous (RWADE). L’étude de la Fondation confirme: 41 % des ménages identifiés en pauvreté énergétique ne sont pas reconnus en “risque de pauvreté financière”. Si 22 % des locataires sont touchés par cette forme de pauvreté, ils sont aussi 11 % chez les propriétaires. “Il suffit qu’ils aient des frais inattendus, ou un très gros prêt à rembourser pour qu’ils soient forcés de passer une partie de l’année avec trop peu d’énergie.” 

Attention on coupe

Pour certains Belges, cela va plus loin. Leur précarité serait telle qu’ils seraient complètement privés d’énergie. Aucune statistique publique n’existe sur le sujet. D’après le RWADE, il y aurait environ 9.000 coupures par an, rien qu’en Wallonie. Auxquelles il faut ajouter celles, non estimées, de Bruxelles et de Flandre. “La Constitution belge ne fait aucune référence à un quelconque droit à l’énergie, se désole Aurélie Ciuti. Il existe seulement un droit à la vie digne. On peut en déduire que pour vivre dignement, il faut pouvoir se chauffer, s’éclairer, cuisiner… mais ce n’est pas inscrit tel quel.” Alors des coupures se produisent malgré tout, aussi bien en été…qu’en hiver. 

Au nom du droit à la vie digne, l’État belge et les CPAS ne mettent-ils rien en place pour garantir un minimum d’énergie aux citoyens? “Les coupures ne durent jamais très longtemps, répond Chantal Duret, présidente de la commission Énergie à la Fédération des CPAS et assistante sociale au Centre de Soignies. Il existe une panoplie d’aides pour les personnes en précarité énergétique. On examine chaque situation au cas par cas. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne dit jamais à quelqu’un dans le besoin: “Vous ne savez pas payer et vous n’avez plus de chauffage ou d’électricité, tant pis pour vous”.” 

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