Luxe: le dernier rêve

À force de prix cassés, de descente en gamme et de matraquage publicitaire, les grandes maisons ont oublié les valeurs de bon goût qu’elles étaient censées incarner. Désormais, leur clientèle se tourne vers de nouvelles expériences privilégiées. 

Luxe - dossier ©Belga Image

C ’est un sac icône qui vaut de l’or. Initiales: “J.B.”, pour Jane Birkin, du nom de l’égérie de Serge Gainsbourg. Lancé dans les années 1980 par la maison Hermès, il est devenu en trois décennies un objet de désir, vénéré par les stars et les fashion fondues. Mais c’est surtout un excellent investissement. Partout, il bat des records sur le marché de l’occasion. En juin, un exemplaire cousu dans une peau de croco blanc incrusté de 245 diamants est ainsi devenu le sac le plus cher du monde. Adjugé pour 267.000 euros lors d’une vente organisée par Christie’s à Hong Kong, détrônant en cela le précédent record établi à 202.000 euros.

Un rendement de 14,2 %

Pour atteindre des pics prodigieux. Selon le site financier Baghunter, la valeur du sac a augmenté de 500 % au cours des 35 dernières années. C’est pourquoi les investisseurs et les collectionneurs n’hésitent pas à doubler, voire tripler la mise sur le second marché. Devenu exclusif, le sac Birkin aurait dépassé “en rendement” à la fois le S&P 500 (indice New York) et le prix de l’or ces trois dernières décennies. Selon les experts, son rendement annuel serait de 14,2 %, soit cinq à sept fois plus qu’un bien immobilier.

À Bruxelles aussi, on s’agitait devant un sac Birkin, il y a à peine quelques semaines. Pour la première fois, le Fin Shop – le centre de vente du SPF Finances – mettait aux enchères un catalogue de 250 articles, comprenant notamment des sacs à main, foulards,      manteaux, lunettes… tous “griffés” Vuitton, Chanel, Delvaux, Moncler, etc. “Des biens déclassés ou des saisies faisant suite à une décision de justice, des confiscations ou des abandons, explique Florence Angelici, porte-parole de l’Administration des finances. D’habitude, nos ventes attirent des garagistes, des brocanteurs, parfois des antiquaires. Cette fois-ci, on a découvert un nouveau public, intéressé uniquement par les produits de luxe.” 

Un sac Birkin à 7.400 euros

En rassemblant des centaines de curieux, cette vente a rapporté au fisc près de 120.000 euros (hors frais). “Un bon cru, estime Florence Angelici. La salle était tellement pleine que des dizaines de personnes sont restées dehors, à faire la file.” Le clou de la vente? Un sac Birkin, donc, vendu à 7.400 euros. Soit 900 euros plus cher qu’en boutique. Un brin irrationnel? Oui, mais c’est le prix de l’immédiateté. Car en boutique, il faut généralement patienter des mois. “À moins d’avoir des contacts ou beaucoup de patience, le sac Birkin est devenu quasiment inaccessible, explique Saskia Vandoorne, une passionnée. Neuf, il n’est disponible que sur commande et Hermès a mis en place un système de liste d’attente qui va de 4 à 6 mois.” Et comme la rareté crée le désir, le désir fait flamber les prix. 

Luxe - dossier Kanar

Dans un monde de plus en plus incertain, le luxe scintille. Les “nouveaux riches”, en particulier en Asie, n’ont aucune intention de cacher leur statut. Les hommes veulent parader au volant du dernier modèle Lamborghini, Rolex au poignet, les femmes flâner dans les rues commerçantes, parées de la dernière création Vuitton à la main. Et le Belge, réputé avoir une brique dans le ventre, quel rapport a-t-il au luxe? Comme tout le monde, il est fasciné par les marques. Il essaie de dénicher les bons plans. Sur Internet, pendant les soldes. Et de plus en plus dans les boutiques de location ou de seconde main. 

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