Distribution des pilules d’iode: toujours pas une priorité

Quelles sont nos réserves si un accident nucléaire arrivait? Pourquoi les 40 millions de comprimés ne sont pas distribués au particulier? 46 autres millions sont annoncés.

Iode ©Belga

Le 26 avril 2016 dernier, on commémorait le trentième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl. Depuis, ce drame et les conséquences du tsunami de Fukushima, le monde retient son souffle. Où se passera le prochain cataclysme? En attendant, en Belgique, l’avis rendu en mars 2015 par le Conseil supérieur de la santé propose d’élargir les zones de planification à une distance de 100 km autour de chaque centrale nucléaire, dans laquelle seraient appliquées la mesure de mise à l’abri et l’administration d’iode non radioactif pour les personnes appartenant au public cible prioritaire (enfants, ados jusque 18 ans, femmes enceintes et allaitantes).

Vu le nombre de réacteurs présents sur notre territoire ou à nos frontières, une telle zone de diffusion concerne de facto l’ensemble de la population belge. Dans ce contexte, le ministère fédéral de la  Santé avait précisé que d’ici 2017, au plus tard, toute la population en Belgique se verrait distribuer des comprimés d’iode. 

Dans les faits, le dossier s’enlise. Ni le ministre de l’Intérieur Jan  Jambon, ni Maggie De Block ne prennent la décision. Tant du côté fédéral que d’Electrabel, on souligne que “le plan d’urgence n’est pas encore terminé”. Ce qui inquiète Jean-Marc Nollet, député fédéral Écolo: “Il est temps que les ministres Marghem, De Block et Jambon prennent une décision. Enfin, les opérateurs du nucléaire doivent évidemment financer la nouvelle campagne”.

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Pourquoi prendre ce comprimé ?

La glande thyroïde accumule l’iode jusqu’à saturation. L’irradiation prolongée de cet organe augmente le risque de cancer et d’autres affections de la thyroïde. En effet, la glande thyroïde ne fait pas de distinction entre l’iode radioactif et l’iode ordinaire. En la saturant à temps d’iode ordinaire, on empêche le corps d’accumuler de l’iode radioactif. Les particules radioactives sont alors simplement éliminées par l’urine et les selles. Toutefois, les comprimés d’iode ne protègent pas contre d’autres substances radioactives absorbées par le corps, telles que le césium et le strontium. Pour empêcher cela, la seule protection consiste à s’abriter à temps et à éviter que l’air intérieur ne soit contaminé.

Aujourd’hui, le chiffre de un million est évoqué lorsqu’on demande combien de Belges sont touchés par des problèmes de thyroïde. Certains d’entre eux n’ont plus de thyroïde: ils ont subi une ablation totale soit à la suite d’un cancer, d’un goitre ou d’une autre dérégulation sévère de la fonction de cette glande. Cette population “très particulière” ne doit pas prendre ce comprimé.

Pour être efficaces, les comprimés d’iode stable doivent être ingérés juste avant ou peu de temps après l’inhalation d’iode radioactif. De son côté, le docteur Patricia Félix, endocrinologue à l’hôpital de la Citadelle à Liège, rappelle que “la femme enceinte ou allaitante peut prendre les comprimés indiqués dans ce cas. Pour les nourrissons, il convient d’adapter la prise au poids du bébé”. Certaines personnes craignent une allergie à l’iode. Concrètement, toutefois, il ne s’agit pas réellement d’allergie à l’iode mais plutôt de réactions aux produits de contraste. Elles doivent donc bien prendre leur comprimé. Enfin, à propos d’intolérance au lactose lors de la prise de tels comprimés, les autorités sanitaires soulignent qu’il n’y a pas de cas connu en combinaison avec les comprimés d’iodure de potassium 65 mg. 

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