Star Wars : le « jediisme », une religion-philosophie

La saga inventée par George Lucas remplira les salles ce mercredi avec son neuvième et dernier épisode : L'Ascension de Skywalker. Mais l’épopée attire désormais aussi des fidèles dans ses propres églises. La voie du Jedi est devenue un véritable culte.

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« Dans un cœur Jedi, il n’y a pas d’émotion, il y a la paix. Il n’y a pas d’ignorance, il y a la connaissance. Il n’y a pas de passion, il y a la sérénité. Il n’y a pas de chaos, il y a l’harmonie. Il n’y a pas de mort, il y a la Force.” Assis en tailleur, capuche noire tombant sur le front, Alexandre Orion ne fait pas bouger les pierres par la pensée, il ne lévite pas lors des combats et ne manipule pas les esprits, mais il se revendique pasteur du Temple de l’ordre Jedi. Comme un million d’adeptes du “jediisme” dans le monde, Alexandre suit la voie du Jedi.

Tous les jours, il pratique la méditation, fait des exercices physiques et entretient la Force, le fondement de cette nouvelle religion. “Pour moi, la Force est un mélange entre ce que je suis, ce que je fais et le monde qui m’entoure. C’est une connexion avec quelque chose de plus grand. La Force est tout. C’est ce qui maintient l’équilibre entre les galaxies”, explique-t-il le plus sérieusement du monde. Mais là où certains Jedi sont davantage portés sur le développement du corps, lui, privilégie l’esprit : “Le jediisme est lié à une connaissance intime de soi. Nous apprenons à ne pas réagir aux stimuli fournis par le monde moderne. Il faut prendre le temps de ne rien faire, de réfléchir, pour enrichir la relation entre l’être et le monde dans lequel il vit”. 

« Tout est un »

Plus de 40 ans après la sortie du premier film de la saga Star Wars, la communauté des Jedis tente de se faire reconnaître par les autorités comme une religion parmi d’autres. La première Église du Jedi est née en 2001, aux États-Unis, dans le Kentucky. Ce mouvement non théiste (sans divinité) s’est ensuite structuré. Jusqu’à disposer de tous les attributs d’une religion. Avec son dogme (la tolérance), une église (l’Ordre des Jedis), une foi (“Tout est un”), et une liturgie (le Code Jedi) aux préceptes voulus universels.

C’est une philosophie qui perçoit la vie comme un voyage. Elle renvoie à la quête de sens personnel en revendiquant une spiritualité ouverte, qui s’adresse à tout homme« , explique Olivier Servais, professeur à l’UCL, où il enseigne l’anthropologie des religions. « On peut en rire, mais à l’échelle de la planète, les pratiquants du culte Jedi représentent la population d’une grande ville comme Bruxelles.” Pour les observateurs avisés, le jediisme se rapprocherait du bouddhisme zen, où l’on écarte l’idée même de religion. D’autres y verraient plutôt une forme de sectarisme. En 2006 déjà, le premier groupe Facebook jediiste avait été dissous sur ce motif par le réseau social, avant d’être rétabli… 

Pas si manichéen

Mais s’il est célébré aux quatre coins du globe, le jediisme peine à s’officialiser. En Nouvelle-Zélande, où le culte s’est hissé au troisième rang des croyances déclarées, le ministère de l’Intérieur des Kiwis a d’ailleurs rejeté la requête de la “Jedi Society Incorporated” demandant d’être enregistrée comme religion officielle. Pas assez structurée, convaincante et sérieuse pour être reconnue? En 2011, 53.000 Néo-Zélandais se déclaraient pourtant adeptes du jediisme… Au Royaume-Uni, ils seraient près de 400.000 ! Un nombre qui place la communauté Jedi comme quatrième religion du pays, juste derrière le christianisme, l’islam et l’hindouisme.

En attendant, l’institution reste purement virtuelle en Belgique : aucun monument ou lieu de culte n’a été construit, et les quelques adeptes déclarés du jediisme se comptent par poignées. Essentiellement sur les réseaux sociaux… Mais, pour les adeptes de la Force, nul doute qu’un jour ou l’autre, leur religion n’inspirera plus les moqueries.

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