Scandale de pédophilie dans le foot anglais: d’autres « affaires » pourraient éclater

Une vingtaine de joueurs professionnels ayant évolué dans la Fédération anglaise ont brisé la glace. D’autres cas pourraient bientôt être révélés. Peut-être même chez nous…

Foot ©Fotolia

Un seul témoignage aura suffi pour plomber l’ambiance sur tous les terrains de foot européens. Fin novembre, Andy Woodward, un ancien joueur britannique professionnel de 43 ans, a déclaré avoir été sexuellement abusé dans son club de la région de Liverpool à partir de l’âge de 11 ans. Depuis, les révélations s’enchaînent. Au total, une vingtaine de joueurs professionnels ayant évolué dans la Fédération anglaise ont brisé la glace. En ce compris des pointures du ballon rond comme Paul Stewart, l’ancien attaquant anglais passé par Liverpool, Tottenham et Manchester City. Mais le scandale serait bien plus grand encore.

Selon le Conseil national des chefs de la police britannique, 55 clubs amateurs et professionnels seraient impliqués dans des affaires d’abus d’enfants à travers le Royaume-Uni. Et derrière toutes ces stars des crampons qui ont pris la parole dans les médias, au moins 350 personnes auraient porté plainte auprès des autorités. L’Association de prévention des violences sur enfants, la principale organisation de protection des mineurs outre-Manche, aurait, elle, reçu plus de 860 témoignages. Son directeur, John Cameron, a ajouté avoir recueilli des allégations concernant “des enfants en danger actuellement”. 

Des « enquêtes internes »

Pire encore: de nombreuses victimes accusent la Fédération anglaise et certains clubs britanniques d’avoir couvert des actes de pédophilie pendant plusieurs décennies. Gary Johnson, aujourd’hui âgé de 57 ans et véritable star des Blues dans les années 70, a même avoué avoir reçu 50.000 livres sterling du Club de Chelsea pour garder le silence. 

Alors, bien sûr, la Fédération anglaise et les clubs inquiétés ont tous lancé des “enquêtes internes” pour nettoyer leurs rangs. Le président de la Fédération internationale de football (FIFA) Gianni Infantino a, lui aussi, condamné ces pratiques (voir encadré). Le scandale ne s’arrête pourtant pas là. L’ancien vice-président de la Fédération anglaise en poste dans les années 80 David Dein l’affirme: “Des affaires de pédophilie dans le football vont éclater ailleurs qu’en Angleterre”. 

Les diablotins en danger

Faut-il dès lors craindre le pire pour les 252.031 mineurs d’âge (240.574 garçons et 11.457 filles, chiffres de l’UB) affiliés dans les 2.006 clubs belges? Aucun scandale n’a jamais éclaté au grand jour. Cela ne signifie pas que certains petits Belges aux ballons plein les yeux n’ont jamais été inquiétés. Des cas, trop nombreux, existent. En novembre 2015, un entraîneur de foot de 29 ans a ainsi été condamné à une peine de cinq ans de prison devant le tribunal correctionnel de Tournai pour avoir abusé sexuellement de deux jeunes garçons de 14 et 9 ans.

 Trois ans plus tôt, c’était à Dinant qu’un coach avait été pincé pour avoir commis des attentats à la pudeur sur quatre de ses joueurs âgés de moins de 10 ans. “On ne peut pas le nier, ça arrive de temps en temps, mais difficile d’en évaluer le nombre et la fréquence”, confie le porte-parole de l’Union royale belge de football Brecht Schelstraete, qui admet ne pas ébruiter ces affaires afin de “respecter la vie privée des victimes”. 

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« Mener une campagne contre la pédophilie reviendrait à accepter que les dérives ont cours partout »

Après plusieurs dérives autour du racisme au début des années 2000, la Fédération internationale de football a commencé sa campagne “Say no to racism”. Cristiano Ronaldo, Lionel Messi, Eden Hazard…, les plus grands joueurs de la planète y participent encore aujourd’hui. Quand le président de la Fifa Gianni Infantino a réagi au scandale britannique de pédophilie, de nombreux observateurs et associations de protection des droits de l’enfant s’attendaient à l’annonce d’une telle campagne pour lutter contre la pédophilie dans les clubs. Mais après s’être prononcé en faveur d’une “tolérance zéro à l’égard de la pédophilie”, le numéro 1 du foot mondial est rentré au vestiaire. “Il y a une dizaine d’années, un scandale sexuel de ce type a éclaté dans le hockey québécois, réagit Gilles Goetghebuer, rédacteur en chef de la revue Sport et Vie. On a ensuite vu une chute libre des affiliations dans les clubs. Or, mener une campagne contre la pédophilie reviendrait à accepter que les dérives ont cours partout. La Fifa craint certainement dès lors le scénario canadien.”

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