Centres commerciaux: qui fait la police ?

C’était dans l’accord de gouvernement: certains services assurés actuellement par les forces de l’ordre seraient privatisés. Un projet de loi veut désormais pousser la logique plus loin. En attendant, on a tâté ce terrain miné au City 2 de Bruxelles.

Police ©Rafal Naczyc

Avec leur costume sombre, ils sont devenus des personnages familiers de notre environnement. Depuis le lockdown consécutif aux attentats de Bruxelles, on les voit partout, à l’entrée des grands magasins, des salles de spectacles, des lieux de culte, mais aussi     devant certains sièges d’entreprise. Les agents de sécurité privée sont là, contrôlant les sacs, passant au détecteur de métaux les visiteurs… Et écartant ceux qui refusent de se prêter à ces étranges “formalités”. 

À l’entrée du centre commercial City 2, en plein cœur de la capitale, une rangée de vigiles attend les clients. Des tables ont été installées, et chaque sac y est systématiquement inspecté. Un contrôle visuel uniquement, la palpation demeurant interdite. Le dispositif est en place depuis les attentats de mars dernier. Dans les sacs,   certains articles ne passent pas: “On a déjà trouvé des marteaux, des couteaux, des armes de poing et même des machettes… dans des sacs d’ados. Les gens ne s’en rendent pas toujours compte, mais c’est pour leur sécurité qu’on est là”, glisse un des rares agents enclin à parler. Car dans ce milieu, c’est loi du silence. Soumis par contrat à des clauses de confidentialité – et à une hiérarchie quasi martiale -, les agents refusent de parler. Surtout aux journalistes. 

« Ce n’est pas bon pour les affaires »

Visiblement gêné, le directeur du City 2 tempère: “Comprenez bien que la dernière chose qu’une entreprise commerciale souhaite faire, c’est jouer au cerbère. Ce n’est pas bon du tout pour les affaires…”. De fait, si les mesures ne freinent pas l’enthousiasme des chalands, certains, comme Magali, ont encore du mal à s’y faire. “Ça fait un peu peur, on a vraiment l’impression qu’on n’est plus en sécurité nulle part.” Le contraste est saisissant avec la galerie Inno, juste à côté, où l’on peut entrer avec un sac sans qu’aucun contrôle ne soit effectué. Seuls quelques vigiles se promènent, discrètement, dans les allées. 

Chez les commerçants, les avis sont très partagés: “Fouiller les gens à l’entrée, ce n’est pas bon pour les affaires. Et normaliser cela, c’est instaurer une culture du risque et du contrôle permanent…”, bouillonne Gary, gérant d’une boutique de vêtements. Ailleurs, le propos est plus enthousiaste. “On a un vrai problème avec les bandes organisées. Comme nos produits sont petits et chers, ils se glissent facilement dans un sac. Or jusqu’à présent, seule la police a le droit de fouiller les personnes… Dans la pratique, ce serait tellement plus simple si les sociétés privées de sécurité pouvaient le faire”, explique-t-on dans une boutique de parfums. 

Un rêve sécuritaire en voie d’être exaucé, puisqu’en vertu d’une nouvelle loi proposée par le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon (N-VA), adoptée en première   lecture par le gouvernement fin novembre, les agents de gardiennage auront désormais la possibilité de fouiller systématiquement les personnes et de patrouiller. En toute légalité. 

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