Une autre vérité sur Molenbeek

Après les attentats de Zaventem et Bruxelles, Leonardo Palmisano, sociologue à l’Université de Bari, débarque à Molenbeek pour enquêter sur « la dérive fondamentaliste du quartier le plus redouté d’Europe ». Sa compatriote Anna Gadaleta, échevine du cru, brise certains tabous et nuance cette opinion tranchée. Au Nord du pays, le livre provoque un débat depuis hier.

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Après les attentats de Paris, en 2015, la presse italienne reflète une image diabolique de Molenbeek qui passe, à l’étranger, pour un repaire de terroristes islamistes. Il faut dire que l’Italie est très exposée à l’immigration (de transit) et encore marquée par les attentats terroristes des Brigades Rouges. La « dérive fondamentaliste, etc » deviendra le sous-titre de l’ouvrage « Entretien à Molenbeek » (1), co-écrit avec la philosophe Annalisa Gadaleta, immigrée en Belgique en 1994 et devenue échevine Groen, en 2012. Leonardo Palmisano se dit frappé par « l’absence de mixité sociale et l’imprégnation identitaire de la population. » Avec, d’un côté du canal, la pauvreté et, de l’autre, un « authentique centre urbain européen ». L’impression ne sera pas démentie.

L’édile verte pointe cette coutume, « qui n’a pas totalement disparu », et qui consiste à aller chercher une épouse au pays d’origine. « Des femmes dont les attentes sont plus conformes aux valeurs normatives de la tradition et sur lesquelles les hommes peuvent exercer un contrôle et une forme de pouvoir ».  Elle dénonce la reproduction chez nous du « patriarcat typique des sociétés rurales… présent aussi dans les pays d’Europe du sud. » Et précise : « Je ressens souvent, chez elle, cette souffrance dans leur désir d’émancipation et de choix de vie, qui peut inclure le port du voile, signe d’adhésion à une religion. »

A cet égard, l’échevine dénonce le financement public, 30 ans après sa reconnaissance, du culte musulman. « On a créé une pratique religieuse informelle et permis le développement d’autres financement. Le culte islamique (400.000 pratiquants) reçoit 5% du total des fonds publics tandis que le culte catholique (200.000 pratiquants) 80%. »

Un reproche à nos autorités : considérer les immigrés comme des victimes à surprotéger : «  Il n’y a pas eu de projet alternatif chez une partie de la gauche pour faire reconnaître en ces personnes les protagonistes d’un possible changement. »  Alors que… « Quand tu disposes d’un capital culturel, et sans renoncer à tes valeurs et à ta religion, tu te mets au diapason de la société d’accueil. » Résultat : quand des problèmes personnels surgissent, tu vas voir un psychologue plutôt que l’imam. « Les terroristes, soutient Gadaleta, étaient des criminels avant d’être des fondamentalistes. (…) Et à propos de bagage culturel : ‘Un jeune homme était persuadé que la Bande de Gaza était un groupe musical…»

Mais la philosophe conclut sur une note d’espoir : « De plus en plus de musulmanes s’engagent dans la vie citoyenne, via des parcours d’intégration sur mesure, un moyen d’émancipation intellectuelle très important et enfin obligatoire. »

Michelle Lamensch

Molenbeek - cover

Disponible au prix de 12 euros via le site www.radicifuture.it

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