Et si le fonctionnaire devenait sexy ?

Il sont près de 800.000 en Belgique à remplir les rangs des services publics. Trop ou trop peu? Paresseux et politisés pour les uns, très compétents et pas assez nombreux pour les autres, le clivage est perpétuel. Mais en réalité qui sont-ils? 

Fonctionnaire ©Belga

1 Un acteur indispensable de l’État

Depuis les attentats, les fonctionnaires (police et armée…) ont montré leur importance pour protéger la société. Derrière ce chiffre de 800.000 personnes, des êtres humains s’investissent: 139.000 emplois au niveau fédéral, 365.000 à l’échelon des Communautés et des Régions, 294.000 à l’échelon des pouvoirs locaux… La diversité des fonctions est très importante: employé d’accueil, gardien de musée, assistant administratif, juriste, laborantin, agent pénitentiaire, personnel de cafétéria, gestionnaire des ressources humaines, ouvrier en électromécanique, en horticulture, en sylviculture, secrétaire de direction, piégeur de rats musqués, surveillant d’aéroport, kiné…. “Le fonctionnaire n’est pas la caricature d’une personne dernière son bureau qui ne fait rien. De nombreux jobs sont des emplois de terrain”  précise la députée fédérale PS Julie Fernandez Fernandez.

2 Un travailleur (désormais) évalué

Conformément au nouveau système d’évaluation du 1er janvier 2014, les fonctionnaires nommés pourraient aussi être licenciés après deux évaluations négatives. Vu les chiffres, on n’en est encore qu’au début. Dans les services fédéraux, sur 70.742 collaborateurs, 70 d’entre eux se sont entendu dire lors d’un entretien individuel avec leur direction que leurs prestations ne répondaient pas aux exigences du service. 350 autres ont appris qu’ils devaient améliorer leur travail. Ils sont sanctionnés financièrement: leur prochaine augmentation de salaire est reportée de un an. Après 6 mois, si leurs résultats sont encore considérés comme insatisfaisants, leur licenciement est irrévocable.
Au niveau wallon, le ministre de la Fonction publique, Christophe Lacroix, a aussi mis en place une évaluation. Selon une estimation, une quarantaine d’agents se sont vu attribuer une évaluation réservée ou défavorable. En 2015, un total de 2.084 agents ont été évalués.

3 Des emplois disponibles 

Vider la fonction publique est sans conteste le rêve de certains. Dans la réalité toutefois, des engagements ont et vont encore avoir lieu: finances, justice, fiscalité, santé, chemins de fer et personnes handicapées notamment. En 2012 déjà, le secrétaire d’État Hendrik Bogaert affirmait que “pour les informaticiens le non-remplacement pourrait poser un vrai problème”. “Aujourd’hui, le travail de fonctionnaire est plus que jamais un métier d’avenir, selon Clarinval, député fédéral MR. Dans les 4-5 ans, il y a de gros défis à relever avec la tranche d’âge 55-65. De nombreux emplois seront disponibles.” Pour Georges Gilkinet, député fédéral Écolo, “quand on supprime par milliers des postes au sein de l’administration fiscale, il ne faut pas s’étonner ensuite de voir les recettes de l’État diminuer de façon constante. C’est un mauvais calcul”. Pour lui aussi des engagements doivent avoir lieu: “En justice… notamment au niveau des parquets financiers. Le nombre de dossiers de criminalité financière qui n’aboutissent pas est réellement impressionnant. Comme d’autres secteurs de la fonction publique (soins de santé, chemins de fer…), elle mériterait plutôt un réinvestissement!”
De son côté, Muriel Gerkens, députée fédérale Écolo, pointe les aberrations lorsque “les coupes humaines” ne sont pas réfléchies, comme à l’administration des Finances: “Les ordinateurs sortent les dossiers qu’il faut contrôler mais ce ne sont pas nécessairement les plus intéressants. Des fonctionnaires en trouvent d’autres plus utiles… mais ils ne peuvent traiter les dossiers qu’ils trouvent… qu’après ceux que les ordinateurs ont identifiés”.

4 Télétravail et formation 

Dans la fonction publique, pour poursuivre la modernisation, l’investissement passe par le télétravail et la formation notamment. Au fédéral, le télétravail prend une proportion sans cesse croissante: “Au 1er janvier 2016, 18.285 fonctionnaires fédéraux ont opté pour le télétravail et ne se déplaceraient plus que un à trois jours par semaine pour aller travailler au bureau. Ils n’étaient encore que 1.790 voici cinq ans” précise David Clarinval, député fédéral MR.
De son côté, le ministre wallon Christophe Lacroix croit beaucoup à la formation continue des fonctionnaires avec l’EAP-wb, une plateforme de gestion des formations depuis juin 2016. Il y a urgence parce que certains travailleurs restent sans formation comme le reconnaît un grand patron de l’administration wallonne: “Je dois encore utiliser des personnes qui ne faisaient que transporter du courrier d’un étage à l’autre. À présent, avec l’informatisation, nous n’avons plus besoin de ce type de profil et ils ne sont plus en état d’être formés. Il ne leur reste que quelques mois ou années avant la pension”. 
Une harmonisation des formations entre le fédéral et les Régions est aussi urgente. Sur le terrain, des voix s’élèvent, comme celle d’un responsable de l’Onem à Namur: “Des attestations traitées en trois jours à l’Onem sont gérées en 11 jours au Forem. Il y a donc encore un vrai problème d’efficacité à ce niveau”.

5 Un coût ou pas? 

Le débat sur le coût de la fonction publique est réel. La députée fédérale PS Julie Fernandez Fernandez insiste sur cet aspect: “Le service public représente un coût mais permet aussi d’amortir des crises comme celle de 2008. L’important c’est d’avoir un meilleur service public… et pas moins de service public”.
Pour Muriel Gerkens, députée fédérale, “il s’agit plus d’un objectif de moyens qu’un objectif de résultat. On sent surtout que depuis des décennies la fonction publique a été mal gouvernée. Mais cela, de nombreux fonctionnaires n’y peuvent rien”. Pour elle, la fonction publique produit de la richesse (les fonctionnaires des Finances) et aussi une richesse non marchande. Enfin, la tentation est grande de privatiser la fonction publique: “Les externalisations renvoient la facture au citoyen. Cela coûte toujours plus cher à terme” affirme la députée fédérale PS Julie Fernandez Fernandez. 

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