Ces cumulards qui nous gouvernent

MR, PS et cdH ont voulu permettre aux parlementaires wallons de cumuler à nouveau plusieurs mandats. Une idée mal perçue par l’opinion publique, qui se demande si cette boulimie de fonctions ne cache pas surtout une soif de pouvoir.

Kanar - Cumul des mandats ©Moustique

La fin du mois de novembre a été chaude au Parlement wallon. Les partis de la majorité PS-cdH, soutenus par le MR dans l’opposition, ont bien failli prononcer l’arrêt de mort du décret wallon relatif au cumul des mandats entré en vigueur en 2014. L’intention était de permettre à nouveau aux députés wallons d’exercer leur job au Parlement en même temps qu’une fonction de bourgmestre, d’échevin ou de président de CPAS, à l’exception des élus engagés dans une entité de plus de 50.000 habitants. Cela par souci “d’équité”, pour “lever une discrimination entre les élus”… À la fin de la semaine, pourtant, rien. Le système restera comme l’avait souhaité Écolo dès 2010 lorsque le parti était encore dans la majorité: seulement un quart des députés wallons, ceux qui ont le taux de pénétration le plus important, restent autorisés à conserver un mandat local. 

81% des Belges opposés au cumul

Le débat sur le cumul est particulièrement sensible tant les avis divergent. Et pas qu’en Wallonie. Hormis le Parlement de la Communauté germanophone qui interdit aux bourgmestres de siéger comme parlementaires depuis le mois de mai dernier, les autres institutions représentatives du pays autorisent en tout ou en partie le cumul. D’après Cumuleo.be, le site web qui référencie les mandats, un élu en posséderait en moyenne 6,62. Et peu importe si les citoyens ne sont pas d’accord. Certes, aucune étude sérieuse ne le démontre, mais les sondages réalisés de façon régulière par les quotidiens vont tous dans le sens du panel sondé la semaine dernière par Le Soir: 81 % des Belges seraient opposés au cumul. 
Et pas seulement entre plusieurs fonctions publiques. Le Kazakhgate, impliquant l’ancien président du Sénat Armand De Decker qui aurait perçu 740.000 € d’honoraires pour… changer une loi, a aussi mis en évidence des liens douteux entre la carrière politique et une profession privée, comme celle d’avocat. Un sondage réalisé par Dedicated Research indique que plus de 60 % des Belges trouvent cette double casquette inacceptable. Alors pourquoi certains élus continuent-ils à défendre le cumul des mandats? Est-il réellement bénéfique de remplir différentes fonctions pour rester en contact avec le terrain? Ou, au contraire, cela empêche-t-il les élus de s’impliquer pleinement? Dans ce cas, quelles sont les vraies motivations des cumulards? 

« Etre plus utile »

Le chef de groupe MR au Parlement bruxellois et bourgmestre de la commune d’Etterbeek Vincent De Wolf en est persuadé: le cumul ne pose pas de problème. Pour celui qui remplit, selon Cumuleo, 24 mandats, dont 10 rémunérés, cela serait même essentiel pour faire son boulot correctement. “Je me suis engagé en politique pour faire avancer les choses. J’essaie d’être un bourgmestre actif. Forcément, j’ai des postes dérivés. Par exemple, j’ai voulu créer un centre de guidance pour l’enfant, une agence locale pour l’Emploi, etc. Alors oui, j’en suis membre ou administrateur. Mais c’est gratuit!”, lance le vice-président du MR en rappelant que la législation belge prévoit de toute façon un plafonnement à 150 % du salaire de député, sans compter les majorations offertes aux parlementaires exerçant une fonction plus précise comme chef de groupe ou président de commission. “C’est logique! Étant donné que je suis chef de groupe en plus d’être député, j’ai plus de responsabilités. Il est donc normal que je perçoive une faible majoration. Le site Cumuleo dit que je suis aussi, par exemple, député au Parlement de la Communauté française. Il ne s’agit pas d’un job différent. Tous les députés bruxellois peuvent être à la Communauté. J’ai choisi cette place car l’enseignement me tient à cœur. Enfin, exercer plusieurs mandats permet d’être plus utile. Par exemple, je suis dans le comité consultatif de la personne handicapée. Sans cela, je n’aurais jamais appris qu’un logement social adapté pour une personne à mobilité réduite avait été donné à une personne valide! Cela m’a permis d’agir. Donc je ne comprends pas comment on peut reprocher le cumul.”

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Cumul - Kanar ©Moustique

Et les gagnants sont…

Le site Cumuleo.be a classé les personnalités politiques francophones qui cumulent le plus de mandats… En voici le Top 5. 

Albert Depret 

Vice-président du Conseil provincial du Hainaut et administrateur en série,  le bourgmestre MR de Momignies cumule 33 mandats, dont 10 rémunérés. 

Élie Deblire 

Avec 32 fonctions, dont 5 rémunérées, le bourgmestre de Vielsalm est le premier homme politique cdH du classement. 

Jean-Pierre Hupkens

Échevin à la Ville de Liège et président de l’intercommunale Ecetia,  le socialiste francophone exerce aussi 32 mandats, dont 5 rémunérés. 

Françoise Père

Avec 31 mandats, l’échevine socialiste de la commune de Forest n’est rémunérée que pour sa fonction politique ainsi que pour son job d’assistante sociale. 

Vincent Bataille

Le centriste conseiller communal à Comines-Warneton termine le top 5 des plus gros cumulards en atteignant tout juste la trentaine, dont  9 rémunérés. 

La suite sur www.cumuleo.be.

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