Le Tour de Force de Talib Kweli

La légende du hip-hop a donné un concert en demi-teinte mercredi soir à Anvers.

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« Awful People Are Great At Parties », soit littéralement ces personnes détestables qui sont drôles en soirées, c’est le titre de la mixtape que Talib Kweli vient de sortir avec Javotti Media. Et comme à peu près chaque chose que fait le rappeur originaire de Brooklyn, c’est une petite tuerie. Une sortie accompagnée d’une tournée, qui a fait escale ce mercredi soir dans les entrailles de la magnifique salle De Roma à Anvers, qui abritait un cinéma et qui en a gardé tous les atours. Autant dire que le mélange était plutôt décalé. Surtout quand on connaît le parcours du MC.

Depuis ses débuts sur la scène hip-hop en 1998 avec Mos Def, sous le nom politisé de Black Star, le rappeur originaire de Brooklyn et diplômé de NYU n’a jamais cessé de se démarquer. Bien loin des préoccupations caricaturales de certains de ses pairs, qui citent la purple haze, les lignes de coke et les postérieurs développés à chaque ligne, Talib Kweli lui s’est plutôt fait le garant des thématiques sociales, de la brutalité policière mais aussi des inégalités, comme en témoigne son morceau le plus connu Get By. Avec un nom comme le sien, qui signifie « celui qui étudie la connaissance et la vérité » il aurait été dommage d’en faire autrement.

Le hip-hop conscient

Sa voix imparable, reconnaissable entre mille, en a fait l’un des rappeurs les plus efficaces de sa génération. Ses verbes et son phrasé, eux, portés par des beats élégants ont vite fait de l’imposer comme figure de proue de ce que l’on appelle le hip-hop conscient. 18 ans plus tard, 14 albums solo ou en collaboration avec des artistes comme Kanye West, Kendrick Lamar, Madlib, Mary J. Blige, Pharrell, The Roots et presque autant de mixtapes, c’est peu de dire que le rappeur a marqué son époque et continuera de le faire. Autant de raisons qui expliquent qu’on attendait impatiemment sa venue sur la scène de La Roma. C’était sans compter sur l’installation sonore, exécrable, qui a transformé ce qui aurait pu être une excellente soirée en un concert difficilement appréciable, tant les instrus étaient dépossédées de toutes leurs subtilités.

S’il a mouillé le maillot pour faire bouger la foule, Kweli a voulu trop en faire. Trop mélanger. C’est le risque quand on a un répertoire aussi large que le sien et une seule heure de concert à donner, il est difficile de faire un choix. Résultat, le complice de Mos Def a décidé de compiler des dizaines de morceaux en n’en livrant que quelques mesures à chaque fois. Pas le temps de s’imprégner de l’ambiance si particulière de ses titres, voilà sans doute la raison du nom de cette tournée « Tour de Force ». Finalement, seuls les trois derniers morceaux, dont le fameux Get By nous auront vraiment convaincus. Un goût de trop peu. Peut-être compensé pour les fans par la venue de l’artiste au stand du merchandising à la fin de son show, pour échanger un mot ou signer un CD. Et ça franchement, c’est rare.

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