Paul Magnette est-il un saint ?

Les négociations sur le Ceta ont  transformé le ministre-président de la  Wallonie en idole politique. L’opération a montré que les petites entités  pouvaient bloquer un projet européen à dimension internationale mais aussi que l’incarnation du refus pouvait muter en ego trip. Focus. 

Paul Magnette ©Shutterstock et Photonews

Trêve de coquetterie, la récente séquence du Ceta a été une excellente opération de marketing politique. D’abord pour le PS qui, le temps qu’a duré la mise à l’arrêt de la signature du traité entre l’Europe et le Canada, s’est redécouvert une petite position internationale. Ce qui n’est pas désagréable en ces temps de poussée PTB. Le plaisir – celui qui fait monter le rouge au jeu – était tel qu’on dit même avoir volontairement retardé l’accord pour pouvoir en profiter (et en faire profiter) plus longtemps. Ensuite pour Paul Magnette qui avance en expert hyper-communicant et hyper-compétent du mécanisme européen (sa thèse: Citoyenneté et construction européenne – ça laisse des traces), en même temps qu’en Robin des Bois des régions. Ce nouveau costume de Superman wallon lui a valu une comparaison gênante avec Donald Trump par Didier Reynders qui voit dans l’élection du président américain et dans le refus de la Wallonie de signer le Ceta un même élan vers une politique protectionniste. D’où ce tweet de Magnette – “Comparer les critiques wallonnes du Ceta au protectionnisme de Trump, c’est simpliste et ça n’élève pas le débat @dreynders”. À Didier Reynders donc qui, sur Twitter, est déjà passé à autre chose depuis longtemps – notamment les 20 ans du label européen d’appellation d’origine protégée du fromage de Herve et la mort de Leonard Cohen (“Sa poésie et sa musique nous accompagnent depuis des décennies. Quelle tristesse”). 

« Paul Magnette président »

Bien qu’il s’en défende (“Vous pensez que ça m’amuse?”), passer pour le chiant de la bande a clairement upgradé le statut de Paul Magnette sur la scène politique. Avant, c’était Docteur Mamour dans Grey’s Anatomy, aujourd’hui c’est Terminator dans The Walking Dead. À lui seul, il a fait plus pour l’image de la Wallonie en sept jours que l’Office de promotion du tourisme en dix-sept ans. Ne parlons pas de la scène internationale sur laquelle il n’existait pas et où il explose face à un Justin Trudeau, Premier ministre canadien, qui passe, lui, pour le nouveau sextoy de la presse en quête de glamour politique. Très près de nous, les médias français ont tous déroulé le tapis rouge à Magnette qui a eu des papiers dans Libération, L’Obs, Télérama, Le Figaro dans lequel la chroniqueuse vedette Natacha Polony fantasme sur lui en titrant “Paul Magnette président”. Le mois d’octobre restera dans la rétro de l’année comme celui où la France, le Canada et le reste du monde découvrent ce “trésor caché” qu’est Paul Magnette, poussant la Belgique à se regarder dans le miroir et murmurer “On ne connaît pas son bonheur”. 

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