Leonard Cohen est mort

Sur son dernier disque, il murmure “I’m ready, my lord” – “Je suis prêt, seigneur.” Le grand songwriter canadien, l’homme à la voix de nuit a rendu l’âme. Il avait 82 ans.

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Avec sa voix qui semblait tombée de la nuit, Leonard Cohen fut l’un des chanteurs les plus sensuels de la planète des songwriters, n’hésitant jamais à créer le trouble en abordant l’amour, la religion, le désir et le mysticisme. Alors qu’il venait de présenter un nouvel album – You Want It Darker – à Los Angeles où nous l’avions rencontré, deux jours après l’élection de Donald Trump, il a préféré jeter le gant. Il est mort à 82 ans, laissant derrière lui une discographie qui, comme celle de Bob Dylan, mériterait d’être couronnée du prix Nobel de littérature.

C’est d’ailleurs comme poète et romancier que Leonard Cohen, né dans une famille aisée de Montréal, affiche ses premières ambitions. Le succès se faisant attendre, il offre à ses poèmes la chance d’être mieux entendus en les chantant. Il dompte son écriture – si personnelle, si mélancolique – pour la mettre au service de chansons qui, dès 1967, date de parution de son premier album, touchent la critique et un public plutôt intellectuel. Des textes comme Suzanne et So Long Marianne marquent l’époque et finissent par entrer dans la liste des classiques folks. Les albums suivants fournissent à la postérité d’autres chansons tout aussi importantes – Bird On A Wire, The Partisan, Famous Blue Raincoat (célèbre lettre d’amour), Chelsea Hotel, Who By Fire

L’amour, les femmes, le sexe, Dieu

L’ensemble dessine un style qui fera la griffe Cohen : arrangements minimalistes, dépouillement de ton et voix grave à la limite du murmure nocturne. Ce style qu’il voudra pourtant faire évoluer et qu’il confiera au producteur fou Phil Spector en 1977 dans Death Of A Ladies Man, album incompris car jugé cacophonique et dans lequel personne, à commencer par lui, ne reconnaît vraiment Leonard Cohen. Mais en 1984, paraît Hallelujah (sur l’album Various Positions), la chanson définitive qui accroche le cœur du monde et vivra plusieurs vies – la version de Jeff Buckley demeurant la plus célèbre. Autre rupture de ton : l’exploration des synthétiseurs et des boîtes à rythmes sur l’album Ten New Songs publié 2001 après un long silence de dix ans durant lesquels Cohen a vécu dans un monastère bouddhiste à Los Angeles.

L’amour, les femmes, le sexe, Dieu, la dépression, les tourments – ces thèmes ont encombré les chansons de Leonard Cohen qui, année après année, gagné par la maladie, se dirige vers la paix intérieure. Cette tranquillité crépusculaire qu’il évoque dans son dernier album – You Want It Darker -, d’emblée dans la chanson titre où il prévient le Seigneur :  “I’m ready my lord” – “Je suis prêt.” Un disque qu’il faut désormais écouter comme le testament d’un homme apaisé dont l’ultime murmure sera accompagné par le bruissement de chorales, notamment celle de la synagogue Shaar Hashomayim de Montréal, comme un retour aux sources. Comme si Leonard Cohen voulait rentrer à la maison. Ce qu’il a décidé de faire hier.

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