Élections américaines: que le moins pire gagne

Aucun des deux candidats à l’élection US ne suscite l’enthousiasme. Mais au moins la campagne a-t-elle produit du spectacle. Ça tombe bien, la politique est devenue un thème obsessionnel dans les séries télé.

Hillary Clinton - USA - Elections - Donald Trump

Ces élections présidentielles resteront dans l’histoire comme celles opposant deux candidats mal aimés. Ni la trop présente candidate démocrate Hillary Clinton ni son opposant populiste républicain Donald Trump ne dépassent les 40 % d’opinions favorables dans les sondages. “Très loin des figures charismatiques de Barack Obama ou Ronald Reagan qui déclenchaient spontanément curiosité et admiration”, commente le professeur en sciences politiques de l’ULg, Jérôme Jamin. L’un des deux deviendra pourtant bel et bien le 45e président des États-Unis d’Amérique. Face à face.

Hillary Clinton – présidente malgré elle

Hillary Clinton ne devrait jamais retourner vivre à la Maison Blanche. Encore moins en tant que présidente. Elle est impopulaire, surtout auprès des jeunes qui auraient préféré un candidat en rupture avec le système comme Bernie Sanders. Aux yeux des Américains, Clinton est présente dans la sphère politique depuis trop longtemps. Déjà dans les années 90, alors First Lady, son comportement déplaisait. 
D’abord, elle s’est installée dans l’aile ouest du bâtiment, habituellement réservée à ceux qui exercent le pouvoir. Or elle n’était pas élue et était de fait supposée n’avoir aucune responsabilité politique. Ensuite, sur le fond des dossiers, Hillary Clinton ne convainc pas non plus. Contrairement à Donald Trump fidèle à ses idées, elle change d’avis comme de chemise et dégage un manque d’authenticité et d’honnêteté. D’abord opposée au mariage gay, elle a ensuite décidé de le soutenir. Pareil sur les traités de libre-échange et sur l’intervention en Irak. Elle donne l’impression de construire ses combats selon les enquêtes d’opinion dans l’unique but d’arriver au pouvoir. 
Pourtant, la candidate démocrate devrait l’emporter sur Donald Trump. Parce qu’en plus des femmes, elle devrait être largement soutenue par les minorités latino, noire et asiatique. Ces dernières ne constituaient que 22 % de l’électorat en 2000, contre 78 % de Blancs. Aujourd’hui le taux est monté à 31 %. “La base blanche sur laquelle reposent les Républicains est dès lors de plus en plus petite. En se mettant à dos les minorités, Donald Trump fonce droit dans le mur, continue Charles Voisin, chroniqueur sur la politique américaine et conférencier à l’ULg. Il semble donc évident que pour gagner le scrutin, Trump devait élargir son électorat. Il a fait le contraire.”

Une victoire par défaut

Hillary Clinton reçoit également le soutien de partenaires influents. L’ancien président et mari Bill, bien sûr, mais aussi Barack Obama qui n’hésite pas à inciter les minorités à lui donner leurs voix et à décrédibiliser Donald Trump. L’actuelle First Lady Michelle Obama enchaîne également les discours dans les États pivots du pays comme la Caroline du Nord, la Floride, l’Ohio et la Pennsylvanie. Et essaie de convaincre les jeunes que Clinton est la présidente idéale, en mettant en avant son propre capital sympathie, pour compenser. Alors même si elle déplaît, Hillary Clinton devrait gagner. “Mais la victoire sera courte, termine Jérôme Jamin. Si les gens se rendaient en masse aux urnes pour la soutenir, elle serait aisée. Mais on peut parier qu’ils ne le feront pas. Ils la soutiennent par défaut, parce que les personnalités qu’ils soutiennent leur disent de le faire. Et Il n’est pas certain qu’ils se lèveront réellement le jour J, persuadés qu’elle    gagnera. Or de l’autre côté, les partisans de Trump seront motivés…” 

Donald Trump – le suicidé politique

Donald Trump est certainement le candidat à la présidence des États-Unis le plus atypique que l’Amérique ait connu. Avant qu’il ne déclare vouloir  entrer dans la course politique la plus     célèbre du monde, nul n’aurait imaginé voir un tel énergumène prétendre véritablement à la Maison Blanche. Il a pourtant suffi qu’il regarde Jeb Bush, le fils et frère des deux présidents, lors du premier débat télévisé des primaires républicaines et qu’il lui lance un “No Energy” pour détruire sa concurrence la plus dangereuse. Ensuite, il s’est contenté de dire aux  Américains ce qu’ils voulaient entendre. Les hommes, les moins diplômés, mais aussi les chrétiens évangéliques ont été séduits par ses discours tantôt anti-immigration, tantôt anti-islam et “America First”. La “Trump Machine”, qui promet de ramener l’emploi aux USA, était en marche. 
Depuis quelques mois, The Donald vit pourtant une descente aux enfers. Certes, son caractère indépendantiste – il a  financé sa campagne lui-même – plaît encore à ses supporters les plus assidus. Mais ses dérapages racistes et misogynes à répétition lui ont coûté cher. Coup de grâce: une vidéo publiée début octobre et datant de 2005 dans laquelle il tient des propos vulgaires et dégradants à l’égard de la gent féminine. Des cadres du parti comme George W. Bush et John McCain se sont désolidarisés illico.       Même son candidat vice-président Mike Pence a qualifié ses propos d’”inacceptables”. Le scandale a été tel que certaines voix républicaines se sont prononcées pour un… changement de candidat. Ce que les règles du parti ne permettent pas.

Perdu par les femmes

Donald Trump restera donc le candidat  républicain jusqu’au 8 novembre. Pour le meilleur et surtout le pire. Et avec une stratégie de campagne chaotique qui a connu plusieurs balbutiements et remaniements. Son organisation sur le terrain est minimaliste, misant au maximum sur sa personne seule et les réseaux sociaux pour se faire entendre. 
“Donald Trump, comme les candidats    républicains précédents, ne semble pas tenir compte de la réalité démographique des États-Unis, poursuit Charles Voisin. Le pays compte dix millions de femmes en plus que les hommes parmi les votants. Autrement dit, les femmes ont plus de voix que les hommes. D’après les sondages, sur cet électorat, la différence avec Hillary Clinton atteint 20 points. Cela devrait suffire pour faire la différence.” 

L’événement en direct

Rendez-vous sur La Première, où Arnaud Ruyssen animera La nuit américaine de 23h15 à 6 h du matin, diffusé également sur La Une. RTL info annonce un direct vidéo le 9 novembre dès 4 h du matin. Les chaînes d’info (LCI, BFM TV, iTélé, France 24, CNN, Bloomberg TV, etc.) mettent les gros moyens en télé ou sur Internet. 

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