Christine Ockrent:  » L’élection américaine est une télé-réalité « 

Fascinée par les Etats-Unis, l'ex présentatrice belge du 20h de France 2 sort "Clinton/Trump l'Amérique en colère" et table sur une courte victoire démocrate. 

Christine Ockrent - Livre _Belga

La campagne aux élections présidentielles américaines a été extrêmement violente. Côté républicain, on trouve un Donald Trump surplombant toute concurrence. Côté démocrate, une Hillary Clinton incarnant un système politique imparfait qui a perdu la confiance de la population, mais aussi un socialiste, Bernie Sanders, qui a ravivé l’espoir d’avenir au sein de la jeunesse. « Tous les ingrédients étaient donc réunis pour que ces élections soient une véritable série télé », lance Christine Ockrent.

Dans votre ouvrage, vous parlez de la campagne américaine comme d’un « récit palpitant ». Est-ce la preuve que la forme a pris le dessus sur le fond?

Christine Ockrent – La campagne présidentielle américaine est extrêmement proche du monde de la télé-réalité. Cela est en partie dû à l’utilisation des réseaux sociaux comme outil d’information. Le média le plus utilisé aux Etats-Unis pour s’informer est Facebook. Or à travers l’anonymat, des gens véhiculent tant d’autres choses que les faits, notamment les théories du complot. Donald Trump a utilisé ces rumeurs. Il a notamment dit que la campagne serait truquée.

Le succès de Donald Trump est-il uniquement dû aux discours populistes véhiculés sur internet?

C.O. – Au début, on pensait effectivement que Trump mettait des mots sur la colère des petits blancs qui ont mal vécu le fait d’avoir eu un président noir. Mais en étudiant la sociologie de son électorat, j’ai remarqué qu’il atteignait aussi des strates mieux éduquées. Certaines personnes veulent stopper l’immigration, car ils craignent que la majorité blanche n’en soit plus une. C’est d’ailleurs démographiquement avéré : dans deux générations, les blancs seront une minorité. D’autres aiment Donald Trump pour des raisons économiques. Ils veulent stopper le libre-échange et centraliser les entreprises en Amérique. Les Chrétiens sont également partisans de Trump, car ils ne veulent pas du mariage homosexuel, de l’avortement ou de la légalisation du cannabis dans certains États…

Les sondages indiquent pourtant que Donald Trump, comme Hillary Clinton d’ailleurs, est impopulaire…

C.O. – Hillary Clinton est détestée par la jeunesse qui aurait préféré Bennie Sanders, un socialiste plus novateur. Elle est la caricature du système politique. Donald Trump est lui impopulaire car les gens avec un peu de bon sens et qui considèrent que les faits sont importants sont effarés par ce personnage. Il y a encore une tranche de la population très conservatrice qui se dit: cet homme est deux fois divorcé, un magnat des casino, accro au jeu et aux femmes et, en plus, il est New-Yorkais…. Il est l’incarnation de la débauche.

On a l’impression que l’issue de ces élections dépend plus des erreurs probables de Trump que de la stratégie d’Hillary Clinton…

C.O. – La stratégie d’Hillary est assez claire. Elle a bénéficié, pour gagner les primaires, de l’électorat noir, d’une partie de l’électorat hispanique et des femmes. Mais elle doit élargir son champ d’action en motivant les jeunes qui ont voté pour Sanders. Ça devrait marcher. Ce dernier est loyal et les incite à aller voter. Lors du premier duel télévisé, elle a aussi réussi à planter ses flèches où ça fait mal avec des punchlines comme « tu n’es qu’un héritier », « tu dis que t’as une immense fortune, c’est pas vrai. Tu as fait 7 fois faillite et tu ne publies pas ta fiche d’impôt ». Il a mal réagi car on a touché à son être.

Dans votre ouvrage, vous parlez d’une « implosion » du parti républicain et d’une « usure » des Démocrates. Le monde politique post-élection va-t-il se métamorphoser ?   

C.O. – Le système politique américain est trop bien établi pour cela. En revanche, une bonne défaite de Donald Trump va permettre de reconstruire le Parti républicain sur des bases neuves et sérieuses. Côté démocrate, l’enjeu est de garder le pouvoir. Il ne faut pas oublier que ces élections visent également à renouveler une partie du Sénat et de la Chambre des représentants. Or commencer une législature avec un congrès hostile est toujours compliqué.

Pourquoi Donald Trump fait-il si peur en Europe ? Est-on si culturellement différent des Américains ?

Q.O. – Considérer que Poutine est le meilleur dirigeant actuel et que l’Otan est une vieillerie est un discours qui nous est effectivement insupportable. Dire que les Français sont stupides car s’ils avaient été armés, ils auraient évité les attentats et que la Belgique est un village et un « trou à rats » est évidemment inacceptable.

Peut-on comparer l’engouement « Trump » avec le succès du populisme européen? Les partis d’extrême, le Brexit,…

Q.O. – Bien sûr! On retrouve d’ailleurs certains acteurs. Le co-directeur de campagne de Donald Trump est aussi le créateur d’un site d’extrême droite raciste et misogyne qui militait en faveur du Brexit. Un autre point commun, c’est le mensonge. Les populistes racontent des bobards et ça marche. Ce phénomène est simplement poussé à l’exagération avec Trump grâce à l’absence de plafond financier pour mener des élections aux Etats-Unis et à la publicité négative tout à fait légale.

Quels seront les grands enjeux du prochain président américain ?

C.O. – Il ou elle devra trouver le remède pour apaiser cette colère sociale bouillonnante. Il devra notamment recréer la confiance avec la jeunesse. Mais aussi garantir la sécurité aux citoyens américains. Sur le plan international, il devra faire face au terrorisme. Mais il faut garder l’âge avancé des candidats, 69 ans pour Clinton et 70 pour Trump. Le gagnant ne fera certainement qu’un seul mandat. Leur marge de manœuvre sera donc limitée… 

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